10 centimètres sous les fesses pour afficher l’évolution des mœurs

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Qui dit minijupe, pense, bien évidemment, à l’évolution des mœurs et à la libération de la femme. Il ne faut pas oublier que la minijupe a déjà existé depuis bien longtemps, puisque, dans l’Antiquité, la tunique grecque, puis la tenue guerrière des soldats romains, étaient des jupes très courtes qui, au fil des siècles, ont laissé la place à la culotte. C’est au Moyen Age que les hommes ont commencé à porter le pantalon, sous leurs armures et que l’on a attribué le pantalon aux hommes, et la jupe aux femmes.

Il est arrivé, ensuite, que certaines jupes raccourcissent, mais pas pour être portées dans la rue. Joséphine Baker a porté une jupe très courte faite de bananes en 1926 sur la scène des Folies Bergère. Ensuite, ce sont les sportives qui ont « osé ». Les Années Folles leur avaient déjà apporté un vent de liberté avec la disparition du corset. Durant les Jeux Olympiques d’Eté de 1920, la Française Suzanne Lenglen arrive sur le court de tennis vêtue d’une robe créée par Jean Patou, qui suscite une grande curiosité avec des bras complètement dénudés et la longueur de la jupe, plissée, qui s’arrête au-dessus du genou. Quelques années plus tard, aux Jeux Olympiques d’Hiver de 1928, à Saint-Moritz, c’est la Norvégienne Soja Henie, « diva du patinage artistique », qui fait sensation avec une jupe courte qui libère ses mouvements et lui permet des mouvements plus audacieux.

C’est la styliste anglaise, Mary Quant, qui, dans les années 1960, inspire la minijupe en Angleterre. Depuis 1958, elle raccourcissait ses jupes pour « permettre aux femmes de courir après un bus ». Elle commence par confectionner, pour elle-même, une jupe « rase pet ». Puis, elle copie pour ses amies qui ont envie de s’amuser et de provoquer en montrant leurs jambes. Et, en 1962, elle fait entrer la première minijupe dans Bazaar, sa boutique londonienne située dans le quartier de Chelsea, sur King’s Road. A la même époque, le styliste français Jacques Delahaye tente d’introduire la minijupe en France, mais c’es un échec. Par contre, Mary Quant l’inclut dans sa collection en 1965 et le succès se propage vite dans toute l’Europe, puis dans le monde occidental même si certains pays, comme les Pays-Bas, la trouvant trop provocante, l’interdisent.
Cette année-là, en France, André Courrèges fait tourner sa collection autour de la minijupe, dont elle est la pièce-phare. Mais il la revisite en créant la jupe-trapèze, une minijupe haute couture dont la forme se distingue de la minijupe droite de la styliste anglaise.

Mary Quant complète l’image de la femme libérée en associant à la minijupe des bottes hautes à laçage croisé, d’abord en vinyle, puis en cuir. Le prêt à porter fait son apparition avec une fabrication en série qui permet aux femmes et aux adolescentes de s’habiller pour un prix modique. La minijupe devient le symbole de l’évolution des mœurs. Mais elle est aussi la proie de la controverse des milieux conservateurs, qui crient au scandale. En 1964, Noëlle Noblecourt est licenciée de l’ORTF pour avoir montré ses genoux alors qu’elle présentait l’émission Télé Dimanche. Christian Dior déclare que le genou est « la partie la plus laide du corps ». Coco Chanel refuse la minijupe et Christian Fouchet, Ministre de l’Education Nationale, la juge « déplacée dans les lycées ». Les idoles sont vite conquises par la minijupe qui descend dans la rue comme une vague déferlante. Un nouveau look est né avec minijupe, bottes, pull à col roulé, imperméable en plastique, rouge à lèvres et faux cils. Les bottes deviennent cuissardes. Les garçons, de leur côté, laissent pousser leurs cheveux dans le même esprit d’afficher l’évolution des mœurs. Certaines vedettes vont même plus loin dans la « révolution féminine » en portant un jean Denim.

La création de la minijupe entraîne la disparition des bas au profit des collants, beaucoup plus pratiques, et considérés comme plus décents. C’est une nouvelle mini-révolution qui se met en marche, reléguant bas et porte-jarretelles pour des collants de toutes les couleurs qui évolueront vers un plus grand confort avec des matières plus opaques, plus chaudes pour l’hiver.

La minijupe sera un peu détrônée par la « micro-jupe », plus courte, puis par le short. Mais, dans les années 1970 son grand rival est le pantalon à pattes d’éléphant. Cependant, elle arrivera toujours à survivre, encore plus confortable dans des matières extensibles, plus sexy en cuir, associée à des hauts variés pour jouer avec les styles. Sa taille, elle, est bien définie : 10 centimètres sous les fesses.

Elisabeth Monnot