1955 : première fête du luma

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Depuis 60 ans, la fête du luma à Cluis chaque premier mai est devenue un rendez-vous incontournable qui accueille des milliers de bénévoles. Défilé de chars derrière sa majesté luma, cliques de musique, fête foraine et dégustation d’escargots sont toujours au programme.

Retour vers les pionniers des années cinquante.
A l’origine des jeunes de l’équipe de foot qui se déplacent chaque dimanche pour jouer dans les communes du Berry. Parmi eux Maurice Douard, Marcel Gazonneau qui créent dans l’hiver 53 / 54 la coterie du luma dont Maurice Douard prend la présidence. Ils choisissent le nom de luma qui signifie escargot en berrichon car il était déjà de tradition de servir des escargots beurrés persillés dans les restaurants de Cluis à l’occasion du premier mai, l’une des plus grosses foires de l’année.
Le groupe s’organise et compte bientôt une cinquantaine de membres, bien décidés à se lancer dans la musique sans grande expérience. Les habitants sourient, jugeant l’initiative extravagante et sans avenir. Pour couper court aux moqueries, Maurice Douard adopte la devise » Bien rire et laisser braire ».
Les membres de la coterie se procurent des bigophones dont ils apprennent à jouer, répétant assidûment sous la houlette de Robert Rigaud, instituteur à Cluis. Il suffit de chanter dans l’instrument qui répercute les vibrations au travers de sa feuille de papier de soie et de son amplificateur. C’est amusant et les jeunes du groupe se lancent à corps perdu dans l’aventure. Tous les airs populaires s’inscrivent à leur répertoire, de
« Viens poupoule » « Au petit vin blanc ». Le premier mai, lors de la foire, les bigophoneux sont prêts à défiler dans les rues et ils rencontrent un franc succès auprès du public. Aussitôt ils sont sollicités pour animer des fêtes locales. C’est cette première expérience en 1954 qui va donner envie aux membres du groupe de transformer la foire du premier mai en fête sous l’emblème du luma. Dès septembre, les jeunes se mettent à l’ouvrage, aidés des charrons, Jean Patry et André Luneau et travaillent le soir à la confection d’un luma. Ce sera un gigantesque escargot monté sur roues qui avancera seul. En fait des hommes seront dissimulés à l’intérieur pour le tirer. Il fait dix mètres de long. Planches, arceaux métalliques, ciment sont collés sur la coquille. Et le premier mai 1955 , le luma va parader en tête des bigophones. Le succès est encore plus grand et l’année suivante la fête prend la forme qu’on lui connait encore aujourd’hui. Les rues sont décorées de fleurs en papier, et un défilé de chars suit sa majesté lumas. Des chars faits de A à Z par les bénévoles sur un thème qui change chaque année. Peu à peu la coterie du luma invite d’autres groupes de musique et le défilé prend toute son ampleur.
Il leur en a fallu de l’imagination en soixante ans ! Gargantua, Walt Disney, Le cinéma, Tintin, le cirque, le Far West, tout y est passé et la fête perdure grâce aux jeunes qui ont pris la relève. Plus de bigophoneux, mais la coterie du luma, organisatrice des festivités demeure. Ils en sont à près de 300 chars fabriqués en soixante ans. Quand aux escargots dégustés à Cluis, ils se comptent en millions. Préparés par des bénévoles, mais aussi par les bouchers de la ville, ils ne sont pas à la noce pour le premier mai, mais ils permettent aux gourmands de se régaler.

Jeanine Berducat