1960-1970 : dans les campagnes tourangelles, « la mort du petit cheval » !

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Pendant la décennie 1960-1970, l’agriculture tourangelle, à l’image de l’agriculture française dans son ensemble, a connu une spectaculaire mutation, une véritable « révolution silencieuse » qui transforma radicalement le métier de paysan et l’image de nos campagnes.
Un des éléments déterminants de cette mutation fut la mécanisation du monde agricole. De 1960 à 1970, le nombre de tracteurs en Indre-te-Loire passa de 7800 à 14500. Alors que seulement une exploitation sur quatre en possédait un au début de la décennie, les trois quarts en étaient équipées en 1970.

Parallèlement, on vit disparaître les chevaux de trait, ces compagnons de labeur inséparables des paysans d’autrefois, dont le nombre passa, pendant ces dix ans, de 20000 à 5000 ! Ce qui entraîna, par voie de conséquence, la disparition de certaines professions : maréchaux-ferrants, bourreliers, charrons.
Puis ce fut le grand rush sur les moissonneuses-batteuses dont l’effectif quintupla presque (passant de 470 à 2175), une augmentation prodigieuse qui s’expliquait aussi par le fait que les agriculteurs tourangeaux se tournaient de plus en plus en plus vers la culture des céréales. Les surfaces en blé et en orge s’accroissaient notablement ; seules les surfaces cultivées en avoine diminuaient, suite à la raréfaction des chevaux. Dans le même temps, les surfaces en maïs étaient multipliées par cinq !

Cette progression des terres cultivées se faisait au détriment de l’élevage, surtout celui des vaches laitières, jugé particulièrement contraignant.
Cette agriculture, qui se modernisait à marche effrénée, avait de moins en moins besoin de bras, à une époque où, heureusement, l’industrie se développait dans les villes du département et pouvait absorber sans trop de difficultés ce trop-plein de main-d’œuvre rurale.

La mécanisation entraîna une transformation des paysages. Pour être rentables, les puissants engins agricoles avaient besoin d’espace, de champs toujours plus vastes..Le remembrement, qui s’accrut sensiblement à partir de 1963, défigurait des zones entières : les arbres isolés et les haies disparaissaient à jamais pour faire place à des terrains désespérément nus…Quant aux vieux bâtiments de ferme, avec leurs murs en moellons et leurs toits en petites tuiles plates, ils étaient devenus inadaptés et ils voyaient s’élever auprès d’eux d’immenses hangars métalliques couverts de tôles.

Ainsi, en moins d’une génération, une agriculture traditionnelle, héritée des siècles passés, fondée sur la polyculture et la petite exploitation familiale, cédait la place à une agriculture nouvelle, mécanisée, soucieuse de rentabilité, tournée vers l’Europe, vers l’avenir….Un avenir que les technocrates du ministère de l’agriculture promettaient radieux !

B.B

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