A Tours, un festival du « court-métrage » qui « tourne court » !

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Après la seconde guerre mondiale, le cinéma remplissait les nombreuses « salles obscures » du département. A cette époque, les séances se déroulaient en deux parties séparées par un entracte. Avant le grand film, les spectateurs pouvaient voir, outre les actualités, un ou plusieurs courts-métrages, des œuvres souvent d’excellente qualité, signées de jeunes réalisateurs ayant besoin de se faire connaître et reconnaître.

L’idée vint alors à quelques cinéphiles tourangeaux comme Pierre Béziau (secrétaire général à la Préfecture) ou le professeur Pierre Verdier (animateur du ciné-club et ami du directeur de la cinémathèque, Henri Langlois) de créer une manifestation permettant aux auteurs de courts-métrages de confronter leurs talents. Ainsi naquirent, en septembre 1955, les « Journées du court-métrage ». Pour cette première édition, qui se déroula sur trois soirées, à l’Olympia et l’ABC, le jury, présidé par Maurice Garçon, de l’Académie française, comprenait des artistes aussi connus que Max Ernst, Francis Poulenc, Jean Effel ou Man Ray..Un parrainage de choix qui allait contribuer largement au succès populaire de ce festival naissant.

En effet, le public tourangeau, flatté de côtoyer des personnalités aussi prestigieuses qu’Abel Gance, Georges Auric, Jules Romains, Agnès Varda, Eugène Ionesco ou Marguerite Duras, fut de plus en plus nombreux à se déplacer : 4300 spectateurs en 1955, plus de 18000 en 1960 ! Un public hétéroclite dans lequel les visons, robes du soir et nœuds papillons du « Tout-Tours » côtoyaient les pulls à col roulé et les « duffle-coats » des jeunes étudiants.

En 1960, pour la première fois, le jury, présidé cette année-là par Louise de Vilmorin, devenait international. C’était aussi la première fois que le lauréat recevait un trophée spécialement réalisé par Max Ernst, une statuette baptisée « la Tourangelle ». Par la suite, les autres trophées seront commandés aux sculpteurs Jean Arp et César.
En 1962, le festival délaissait l’ABC pour le REX qui venait d’ouvrir ses portes rue Nationale. Mais les séances de gala eurent toujours lieu dans le cadre plus solennel de l’Olympia.
Si le premier lauréat de 1955, Roger Livet, sombra vite dans l’oubli, il n’en fut pas de même de certains de ses successeurs qui trouvèrent parfois à Tours un tremplin pour leur avenir cinématographique : Resnais, Truffault, Demy.

« C’est Tours qui m’a donné ma chance. C’est à Tours que ma carrière a débuté », reconnaîtra plus tard Robert Enrico, couronné en 1961 avec sa « Rivière du hibou ».
L’année suivante, en 1962, c’était un jeune polonais quasi inconnu, Roman Polanski qui, avec « Mammifères », remportait la palme. Ce fut alors un grand moment d’émotion lorsqu’on vit cet étrange personnage survolté bondir littéralement sur la scène de l’Olympia et embrasser presque en pleurant le trophée de Max Ernst.

Les « événements » de mai 1968 portèrent un coup fatal au festival du court-métrage qui, depuis 1965, se déroulait en janvier. L’idée de distribuer des récompenses et de comparer des œuvres entre elles avait pris subitement un caractère « réactionnaire » !

Il n’y eut pas de festival en 1969. Une nouvelle manifestation sera lancée en 1970 autour du « film court », mais l’équipe organisatrice annonçait officiellement qu’il ne s’agissait pas d’une reprise de la formule passée et qu’elle refusait l’idée même de palmarès et de compétition.

La « belle époque » du festival de Tours était terminée. Cependant, l’intérêt des Tourangeaux pour le septième art ne se démentait pas. En 1970, Tours comptait 18 salles de cinéma, pouvant accueillir 10360 spectateurs. Un record quand on sait qu’à cette époque, la ville d’’Orléans, de population comparable, ne disposait que de 5030 places !

Bernard Briais