Arsène Vermenouze – Le poète de l’Auvergne

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Arsène Vermenouze naquit le 25 septembre 1850, à Vielles, commune d’Ytrac, à quelques kilomètres d’Aurillac. Il était fils de paysans, et son enfance fut celle d’un jeune campagnard ; son père appartenait à cette classe particulière de terriens, mi-bourgeois, mi-paysans, que l’on rencontre dans la Haute-Auvergne, où, dans beaucoup de familles, l’émigration est une tradition. Il fit ses études chez les Frères, puis il prit à son tour, comme son père et comme ses aïeux, le chemin de l’Espagne où il resta quinze ans.

Ce séjour qu’il fit « tra los montes » ne fut pas sans influer sur sa pensée ni sur son œuvre ; il y connut, mieux les émigrants, ses compatriotes, qu’il n’eut pu le faire en restant, chez lui, puisqu’il partagea leur vie et leurs occupations et aussi leur nostalgie du ciel natal ; il vit leurs fortes qualités qu’il loua plus tard et éprouva comme eux l’ivresse folle du retour. Il a consacré quelques-uns de ses poèmes aux coins d’Espagne qu’il a fréquentés, à Illescas surtout, où il résidait ; et celte fameuse cape rouge dont il aimait à se draper, et qui le fit prendre à Naples. Pour un bandit calabrais, n’est-ce pas d’Espagne qu’il l’avait rapportée !

Au retour de la péninsule il se fixa à Aurillac, dans la tranquille rue d’Aurinques, et là il exerça, avec un sien cousin, le commerce des spiritueux, et il fit des vers.

Il s’était déjà essayé à la poésie, lorsqu’il « aunait » les étoffes à Illescas ; le soir, quand ses compagnons dormaient lourdement, écrasés de fatigue et de chaleur, il rimait souvent ; je ne crois pas qu’il ait publié quelque chose de ce qu’il écrivit alors ; il étudiait, il observait et il mûrissait son talent, comme l’a si bien dit un de ses préfaciers et ami, le bon, l’excellent Louis Farges.

Aussi lorsqu’il fut définitivement revenu au pays natal – il avait séjourné en France en 1870, comme engagé volontaire au 4e hussard – se mit-il à l’œuvre de tout cœur. Jean Ajalbert a dit ce que furent ses débuts, il s’était efforcé de faire connaître, notre poète, dans les milieux intellectuels qu’il fréquentait, et l’encouragea à publier ses œuvres ; mais ce ne fut qu’en 1896 que Vermenouze se décida à confier son premier recueil à un éditeur ; cette année-là « Flour de brousso » parut et fut si bien apprécié qu’en 1900 le Consistoire du Félibrige nommait son auteur Majoral.

C’est en 1900 aussi que Vermenouze publia ses premiers vers français sous le litre de « En plein vent (sonnets d’Auvergne) » et trois ans après il donna « Mon Auvergne » ; également en langue française, qui obtint le prix Archon-Despérouses. Il devait revenir à sa langue maternelle, sa lengo mairalo, avec « Jous la Cluchado », poèmes languedociens, qui parut en mairalo, avec « Gous la Cluchado », poèmes languedociens, qui parut en 1908, et, après sa mort survenue à Vielles, où il s’était retiré, le 8 janvier 1910, ses amis publièrent son œuvre posthume sous le litre de « Dernières veillées ». Certains de ses ouvrages étant épuisés et introuvables aujourd’hui. L’Union sociale de Haute-Auvergne a fait paraître en 1923 un choix de ses poèmes français (Les plus belles poésies d’Arsène Vermenouze) et prépare un recueil de ses meilleures poésies languedociennes.

On sait comment Vermenouze faisait ses vers. Chasseur incorrigible, braconnier même à l’occasion, il pensait ses poèmes à travers prés et bruyères, le fusil ou la canne à pêche à la main ; et quand il rentrait rue d’Aurinques, troquant son feutre orné d’une plume de faucon pour une très bourgeoise et très prosaïque calotte, il s’asseyait à sa table de travail et il écrivait de mémoire les vers qu’il rapportait.

Deux choses surtout lui tenaient, au cœur et remplissent toute son œuvre : son Auvergne et sa religion. Il l’aimait, son pays, de tout son cœur de poète ; il l’aimait aussi pour l’avoir désiré dans l’exil et pour l’avoir retrouvé riche et beau à son retour – plus riche qu’on nous l’enseigne, aussi beau qu’il pouvait le désirer ; il en a dépeint les aspects les plus variés, il a fixé pour toujours les types de ses habitants ; observateur sagace il a saisi au passage les mœurs et les menus gestes des animaux ; il a su rire et nous faire rire, de ce rire franc et bon enfant qui plaisait tant à Emmanuel Chabrier, et que les conventions ont, juré de tuer ; et par là il s’est, adressé à tous les publics.

On a discuté pour savoir ce qui valait le mieux de l’œuvre de langue française ou de l’œuvre languedocienne de Vermenouze. Pour nous qui connaissons les deux langues et qui pouvons ainsi porter un jugement sur toute la poésie du maître d’Ytrac, nous n’hésitons pas à dire que c’est dans ses poèmes en dialecte carladésien qu’il a été le meilleur.

C’était une belle, noble et fière figure, qu’Arsène Vermenouze ; front découvert, œil perçant, visage maigre, barbiche à deux pointes ; et c’était un grand cœur. Aussi bien ses disciples, ses admirateurs et ses amis lui ont-ils élevé un monument, dû au ciseau de notre compatriote Jean Camus, et ils l’ont placé en plein cœur d’Aurillac.

Bénezet VIDAL