Auvergnats et Vellaves

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Réfléchissant aux relations de l’Auvergne et du Velay, je me suis demandé souvent comment il se faisait qu’aux temps lointains de la conquête romaine un pacte d’amitié ait lié les habitants de ces deux provinces, qu’ils aient mis en commun leurs ressources et leurs forces, puis qu’ils se soient, à la longue, méconnus au point de se tourner le dos, ou à peu près.

– Nous sommes des étrangers pour les montagnards d’Allègre et de Saint-Paulien, entendons-nous dire à Brioude ; nous n’avons aucune raison d’aller chez eux.

À quoi l’on répond dans la région du Puy par ce dicton populaire :

D’Auvergne ne vient

ni bon vin,

ni bon vent,

ni bombes gens !

Tout cela débité sur un ton satisfait, indiquant bien un siège déterminé, une décision prise sans appel.

Quel est donc ce malentendu extraordinaire qui sépare ainsi les originaires de la vallée de l’Allier, les gens du Chaliergue et de la Limagne, de ceux du versant oriental des hauteurs de Fix et de la Chaise-Dieu ?

Il semble qu’il s’agit surtout d’une question d’amour-propre. L’homme de la plaine est naturellement fier de la douceur de son climat, de la fécondité de sa terre, de la richesse de ses vignes, de la diversité de ses industries, peut-être aussi de sa culture intellectuelle, tandis que le rude indigène des plateaux est jaloux de son indépendance achetée au prix d’efforts quotidiens, d’une lutte constante contre les rigueurs d’une température inclémente, et se drape dans son splendide isolement,

Sur de telles positions, la pénétration est sans doute malaisée ; doit-on y renoncer ? Je ne le crois pas.

Entre Auvergnats et Vellaves, il y a plus d’affinités qu’on ne le pense et si l’on arrivait à se fréquenter davantage, à mieux se comprendre, sans doute parviendrait-on à atténuer des jugements superficiels, à éteindre des différends en somme assez puérils.

Je ne vois pas a priori de grandes différences entre mes compatriotes et les membres de la famille auvergnate, qu’ils soient Brivadois, Cantaliens ou Livradois.

À ne considérer que le seul domaine littéraire, quand je savoure les ouvrages de Vermenouze et de Pourrat, quand je lis une chronique de Gandilhon Gens-d’Armes ou que j’écoute les poèmes truculents dont il faudra bien qu’il se décide à nous donner un jour le recueil attendu, j’ai l’impression de n’être pas dépaysé. Leurs personnages, je les connais, je les ai vus ; leur langage est celui que l’on lit dans nos campagnes, leurs paysages me sont familiers ; leurs traditions sont les nôtres, leurs aspirations nous sont sympathiques, nous communions sous toutes ces espèces. Ne sommes-nous pas dès lors parents et plus même que des cousins germains ?

La fédération gauloise groupée autour de Vercingétorix fut normale, il y a deux mille ans ; la fédération des bonnes volontés de l’Auvergne et de ses anciens ressorts pour une action concertée dans les Lettres, les Arts, comme dans le Commerce et l’Industrie, me paraît aujourd’hui devoir être aussi normale, aussi souhaitable, en cette période de fer où l’émiettement des individualités est plus que jamais une cause de faiblesse et ne peut qu’acheminer vers le néant.

À mon sens, l’union de personnes ayant les mêmes origines ethniques, la même culture, les mêmes goûts, une histoire identique, est actuellement nécessaire. Pourquoi ne pas la réaliser tout de suite ?

Ulysse ROUCHON

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