BOULE-DE-NEIGE

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Conte populaire de Champagne

Il était une fois une dame très jolie. Elle avait une petite fille qui s’appelait Boule-de-Neige et était encore plus jolie que sa mère, ce dont celle-ci était jalouse. Un jour, la mère consulte son miroir :
— Miroir, miroir, suis-je la plus belle de ce canton ?
— Oui, mais la petite Boule-de-Neige est bien plus belle que toi.
— Ah ! reprit la mère, elle est plus belle ! Il faut qu’elle meure ; je vais la perdre.
Et elle emmène sa fille sur la montagne et la perd.

La petite Boule-de-Neige était bien en peine. Elle chercha longtemps et trouva enfin une petite maison habitée par trois petits Lapons. Dans la maison, elle vit trois assiettes servies : il y avait dans l’une du chocolat, dans la seconde du café, et de la soupe dans la troisième. Comme elle aimait bien le chocolat, elle mangea celui qui était servi, puis, comme elle était fatiguée, elle chercha un lit, et, en ayant trouvé trois petits, elle se coucha dans l’un d’eux.

Quand les trois frères revinrent, ils trouvèrent l’assiette vide. Celui à qui elle appartenait dit :
— C’est drôle : je n’ai plus rien à manger !
— Nous partagerons, lui répondent ses frères; tu mangeras tout de même.

Ils vont ensuite se coucher. Tout à coup l’un d’eux s’écrie :
— C’est-il drôle ! je trouve une petite fille dans mon lit !

Les frères Lapons furent bien surpris. Quand Boule-de-Neige se réveilla, ils lui demandèrent comment il se faisait qu’elle était là. Elle leur dit que sa mère l’avait perdue. Alors, ils lui proposèrent de rester avec eux ; elle ferait la cuisine et le ménage pendant qu’ils iraient travailler aux champs. Boule-de-Neige accepta.

Sa mère, pendant ce temps, était retournée vers son miroir :
— Miroir, miroir, suis-je la plus belle de ce canton ?
— Oui, mais la petite Boule-de-Neige, qui est là-haut sur la montagne, est bien plus belle que toi.
— Comment ! elle n’est pas morte ! Il faut que je monte sur la montagne !

Elle se déguisa en marchande de lacets et parcourut la montagne en criant :
— Mesdames, voilà de beaux lacets ; venez m’acheter de beaux lacets, mesdames !

Boule-de-Neige se mit sur sa porte et ne reconnut pas sa mère, qui lui dit :
— Oh ! madame, venez m’acheter de beaux lacets !
— Madame, je n’en ai pas besoin.
— Oh ! tenez, en voilà un si beau ! Je vais vous le lacer. Vous avez une si jolie taille !
Et elle la laça si fort que Boule-de-Neige tomba évanouie.

Les Lapons, à leur retour, la trouvèrent allongée par terre.

Ils s’ingéniaient à deviner ce qui l’avait mise dans cet état quand l’un d’eux s’avisa de couper le lacet. La petite fille revint à elle. Alors ils lui demandèrent pourquoi elle s’était lacée si fort. Elle leur dit qu’une femme était venue sur la montagne et qu’elle l’avait forcée à prendre un lacet avec lequel elle l’avait serrée. Ils lui recommandèrent de fermer sa porte et de ne rien acheter sur la montagne.

La mère retourna vers son miroir :
— Miroir, miroir, suis-je la plus belle de ce canton ?
— Oui, mais la petite Boule-de-Neige, qui est là-haut sur la montagne, est bien plus belle que toi.
— Ah ! elle n’est pas morte, dit la mère ; je vais retourner sur la montagne !

Cette fois, elle se mit marchande de peignes ; elle criait :
— Voilà de beaux peignes, Mesdames ; achetez-moi de beaux peignes.

Boule-de-Neige était curieuse ; elle se mit encore sur sa porte, et sa mère lui dit :
— Achetez-moi un beau peigne, madame.
— Je n’en ai pas besoin.
— Oh ! en voilà un si beau ! Il vous irait si bien ! Je vais le mettre sur votre tête.

Elle le lui enfonça si profondément que Boule-de-Neige tomba de nouveau évanouie.

Les Lapons la trouvèrent à terre, ils la délacèrent, mais cela ne servit à rien. Enfin l’un d’eux aperçut le sang qui coulait de sa tête et ils retirèrent le peigne. Ensuite, ils lui demandèrent qui l’avait mise en cet état. Elle leur dit que c’était une marchande.

Après l’avoir grondée, ils lui renouvelèrent la défense qu’ils lui avaient faite de ne rien acheter.

La mère consulta encore une fois son miroir :
— Miroir, miroir, suis-je la plus belle de ce canton?
— Oui, mais la petite Boule-de-Neige, qui est là-haut sur la montagne, est bien plus belle que toi.

La mère se mit alors marchande de pommes. Après en avoir empoisonné une belle, elle retourna sur la montagne :
— Mesdames, achetez-moi de belles pommes

Boule-de-Neige était encore sur sa porte, sa mère lui proposa les fruits. Sur son refus, elle lui présente la pomme empoisonnée en disant :
— Tenez, en voici une belle, je vous la donne.

Boule-de-Neige prit la pomme, la mangea, et tomba comme morte.

Les Lapons la trouvèrent étendue, ils la déshabillèrent, coupèrent son lacet, cherchèrent le peigne, mais ne trouvèrent rien.

Quand ils l’eurent gardée trois jours dans cet état, ils se dirent qu’elle était bien morte et se décidèrent à la porter en terre.

En chemin, ils rencontrèrent le fils du roi, qui leur dit :
— Que faites-vous donc de cette belle fille ?
— Mais elle est morte ; nous la portons en terre.
— Si vous voulez me la confier, je la mettrai dans mon caveau.

Les frères donnèrent Boule-de-Neige de bon cœur. Mais les cahots de la voiture l’ayant fait vomir, elle rendit la pomme empoisonnée et revint à la vie, ne sachant, plus où elle se trouvait.

Le fils du roi lui expliqua que la croyant morte, on se disposait à l’emmener dans son caveau. Puis il lui demanda ce qui l’avait rendue si malade, et elle lui dit que c’était une pomme qu’une dame lui avait fait manger.

Ensuite, la voyant si belle, le fils du roi la demanda en mariage et l’épousa.

Quant à la mère, elle retourna auprès de son miroir : — Miroir, miroir, suis-je la plus belle de ce canton ?
— Oui, mais la petite Boule-de-Neige, qui est mariée avec le fils du roi est bien plus belle que toi.

La mère eut tant de rage de ne pouvoir se débarrasser de sa rivale qu’elle se fit mourir.

(Conté par Mme Morin.)

Louis MORIN, « Contes troyens »

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