C’est du propre !

/ Auvergne / / Reportages /

Avant les machines à laver…

Les années soixante sont marquées par l’arrivée massive d’appareils électro-ménagers dans toutes les maisons. Parmi ces précieux ustensiles, s’affirme la machine à laver qui libère soudain toute famille, principalement – question de société – épouses et mères, d’une corvée peu agréable et dévoreuse de temps.

Il suffit d’un point d’eau et d’une évacuation pour la brancher et profiter du progrès manifeste qu’elle apporte.

Elle contribue cependant à devoir prendre en considération le problème de la gestion d’une eau dont elle use en abondance. Car cette eau dont on croyait qu’elle était inépuisable s’avère être une ressource fragile dont il faut se préoccuper pour qu’elle ne devienne pas denrée rare et trop chère.

Car son prix ne va pas en diminuant. Bien au contraire, ceci en raison du niveau d’hygiène dont elle fait l’objet et de la qualité et complexité des réseaux à entretenir et améliorer en permanence tant pour l’acheminer jusqu’à la machine que pour l’en évacuer et la conduire jusqu’aux centres de traitements.

Cette gestion éventuellement onéreuse de l’eau n’est cependant pas un problème qui date d’hier. Il suffit de prendre connaissance d’un étonnant règlement édicté en 1829, dans la commune d’Aigueperse dans le département du Puy-de-Dôme.

En ce début de dix-neuvième siècle, il n’y a donc pas encore de machine et l’eau ne vient pas jusque dans les maisons. Elle provient de puits et de divers points d’eaux où il convient de venir la chercher pour la rapporter chez soi comme cela se fait encore dans les pays en voie de développement.

Concernant la lessive, dont s’occupent déjà essentiellement les femmes, elle occasionne leurs rendez-vous autour des lavoirs dont celui de Font-froide à Aigueperse.

Mais celui-ci connaît-il des affluences records, autrement dit des avant-goûts de saturation de l’endroit et de bouchon, pour avoir le droit d’y officier ?

Il est légitime de le croire puisque le maire en personne intervient en personne, approuvé en cela par le Préfet.

L’usage du lavoir est soumis à une contribution de la part de leurs usagères, laquelle dépend évidemment du volume de linge qui y est traité, volume qui se traduit en quantité d’espace occupé. Le tarif s’établit en fonction d’une unité qui est le quart de lavoir.

Celui-ci est loué pour la modique somme de quarante centimes. Le principe d’un tarif dégressif est appliqué, la moitié ne coûtant plus que soixante-quinze centimes et l’usage du lavoir dans son entier, un franc. Lesquelles sommes sont perçues par un fermier qui est lui-même tenu à respecter les tarifs en vigueur sans chercher à les exagérer. Le souvenir des abus des fermiers généraux d’avant la Révolution française est sans doute encore présent dans l’esprit du rédacteur du règlement.

Le fermier doit également veiller à ce que nulle ne passe devant quiconque et respecte l’ordre d’arrivée. Toutefois, attendu que les lessives sont diverses en leurs volumes, le maire conseille fortement aux organisatrices de grandes lessives qui nécessitent l’emploi de tout l’équipement de réserver cinq jours à l’avance afin qu’elles ne soient pas bloquées par d’autres de moindre importance. Le rendez-vous est dûment noté sur un registre tenu par le fermier. Ce même registre, par la mémoire objective qu’il représente, garantit que le fermier n’accorde pas quelque privilège à l’une ou l’autre, pour quelques raisons que ce soit.

La rédaction d’un tel opus laisse supposer que des querelles pouvaient exister et que le bon sens ne suffisait pas forcément pour résoudre les tensions que toute impatience provoque.

Le paiement de la contribution entraînait probablement quelque tentative des unes et des autres pour y échapper ou pour embrouiller le fermier. Ce dernier, selon un article prévu à cet effet, n’avait cependant aucun droit quant à user de sa force physique. Rencontrait-il des résistances et des contestations trop conséquentes qu’il devait en référer à la mairie qui détachait alors quelques représentants municipaux, chargés de le seconder pour rétablir un bon ordre et recouvrer les sommes dues. En somme ils agissaient ensemble pour réussir une opération de nettoyage d’un autre ordre, garant des vraies lessives se déroulant au lavoir.

Hervé Berteaux