Châteauroux à l’heure américaine

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Au lendemain du second conflit mondial, la guerre froide s’installe et la France se place
«  sous le parapluie américain ». Le plan Marshall apporte une aide économique non négligeable au pays. En contrepartie, un système d’alliance militaire entre les Etats-Unis et la France s’impose, tandis que la stratégie de l’OTAN installe en Europe des forces militaires.
Dans ce contexte, les USA sont autorisés à installer une base aérienne au centre de la France à Châteauroux. Le 27 février 1951, les gouvernements français et américain signent un accord impliquant la création d’un entrepôt de matériel aéronautique sur le site de la Martinerie à Déols, là où fonctionna pendant la première guerre mondiale une importante école d’aviation américaine. Cet entrepôt servira pour les forces aériennes de l’OTAN basées en Europe.
Les premiers américains arrivent en juillet 1951. Pour loger les soldats, un village de tentes (tent city) s’implante alors à la Martinerie. L’armée de l’air américaine s’installe dans les locaux de l’ancienne usine Bloch nationalisée en 1937 et désormais occupée par la SNCASO (Société nationale de constructions aéronautiques du sud-ouest). Dès 1952, la piste de l’aérodrome est utilisée. En1957, une voie bétonnée permet la jonction entre la Martinerie et la base. Le souvenir de cette route en ciment reste présent dans la mémoire des Déolois et des Castelroussins…
A cette époque, « la base est bicéphale. D’un côté, une vraie ville, à la Martinerie qui d’aérodrome (253 hectares en 1951), devient entrepôt (13 hectares de hangars) et lieu de vie des militaires américains avec 240 chambres, 5 mess, hôpital de 600 lits, théâtre, gymnase, école, blanchisserie, coopérative de vente et même prison. De l’autre, un aérodrome et une usine d’aviation à Déols, à la place de la SNCASO. La surface occupée passe de 208 à 320 hectares et, dès la fin de 1952, l’aérodrome est opérationnel : piste d’envol de 2549 mètres sur 63, tour de contrôle, piste de circulation, aires de stationnement et de dispersion, usine rénovée, logements, mess, dispensaire. Les deux pôles de l’activité américaine sont reliés par voie ferrée, puis par une route. »
En 1959, la base fournit 4000 emplois et 3500 en 1965. Châteauroux se développe et les retombées économiques ne sont pas négligeables. Dans son ouvrage, « Les Américains à Châteauroux », François Jarraud indique qu’en 1963, le salaire moyen du département de l’Indre est de 6674 francs et s’élève à 9461 francs à la base.
Mais il devient urgent de loger l’ensemble des militaires dont les familles arriveront bientôt en Bas-Berry. Au mois d’octobre 1952, des préfabriqués remplacent le village de toile à la Martinerie. La location par les Américains de maisons en ville et dans le département, la construction de la cité de Toutvent et du village de Brassioux permettront de résoudre le problème du logement dû à cet afflux de population. On dénombre 8000 américains en 1953 et 7000 en 1967. Ils vont jusqu’à représenter 12 % de la population de l’agglomération.
A la sortie de Châteauroux, en direction de Velles, une cité sort de terre en 1954. Rapidement 410 appartements seront livrés aux officiers et techniciens américains. A Déols, installée le long de la route de Châteauroux à Levroux, une autre cité se construit à Brassioux, à une dizaine de kilomètres de la Martinerie. Le chantier s’ouvre en septembre 1957. 615 maisons étaient prévues, mais 350 logements seront réalisés.
Ces maisons d’un seul niveau, entourées d’une pelouse, sans aucune limite privative, sans haies ni clôtures, présentent une architecture typique que l’on retrouve encore aujourd’hui en Californie. Bientôt Brassioux verra la construction de deux bâtiments commerciaux, d’un court de tennis, d’un terrain de basket et deux terrains de base-ball d’une aire de pique-nique et de deux playgrounds (aires de jeux pour les enfants).
Lorsque les Américains quittent la base en 1967, les français achètent les habitations de Brassioux. La physionomie de la cité change et on clôture les parcelles par des haies vives. Le nom des rues américaines disparaissent. Chaque voie faisait référence à un état américain. Désormais, elles porteront jusqu’à notre époque des noms de fleurs… Ainsi Texas drive devient allée des Anémones, allée des Eglantines et allée des Roses ; Ohio drive, avenue des Capucines et allée des Glycines. Florida place se transforme en allée des Myrtilles tandis que Nevada avenue se métamorphose en allée des Primevères….
Depuis cette période, la cité de Brassioux ne cesse de s’étendre et à côté de l’ancienne cité américaine, s’édifient au fil du temps d’autres quartiers. Ecole, centre commercial, gymnase et autres infrastructures sportives font de cette ancienne cité un lieu appréciés des Castelroussins. Village calme à quelques kilomètres de Châteauroux et Déols, Brassioux est devenue une cité arborée où les hauts sapins qui dressent leur haute silhouette ici ou là dans les propriétés rappellent qu’il y a une cinquantaine d’années, ils avaient été plantés pour le Noël des enfants américains.
Daniel BERNARD