Claude-Marie Boucaud : un exemple de longévité

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La commune de Priay, dans le canton de Pont-d’Ain, garde toujours en mémoire la présence sur son sol de Marie Bourgeois, qui obtint la consécration avec l’obtention de Trois étoiles au Guide Michelin. Elle est aussi réputée dans le patrimoine architectural bressan pour ses entreprises artisanales qui fabriquaient des briques, comme en témoigne le hameau des Carronnières, dont le nom est originaire de carrons, les fabricants de briques. En revanche, on sait beaucoup moins que c’est à Priay que vécut Claude-Marie Boucaud, un des dix derniers poilus ayant connu l’enfer de la Grande Guerre.

Claude-Marie Boucaud était né le 12 août 1895, dans un petit village de Saône-et-Loire. Il consacra les premières années de son adolescence à seconder son père qui occupait les fonctions de forgeron. Il s’apprêtait à célébrer son dix-neuvième anniversaire lorsque, le 3 août 1914, il entendit les cloches de l’église sonner le tocsin. La France entrait dans le conflit le plus meurtrier de son histoire.

Le jeune Claude-Marie assista au départ de plusieurs de ses camarades, enviant leur enthousiasme et même leur euphorie de participer enfin à la grande revanche sur l’Allemagne. On affirmait alors que les combats ne se prolongeraient que quelques semaines et que, bien avant Noël, les troupes germaniques auraient été écrasées.

Les premières informations mirent vite un terme à cette jubilation naïve. Le 20 décembre 1914, Claude-Marie Boucaud reçut son ordre de mobilisation, au grand désespoir de sa mère qui avait pris conscience du drame humain qui ne faisait que s’amorcer. Quelques jours plus tard, il intégrait le 133eme régiment d’infanterie de Belley, dans le département de l’Ain.

En vivant l’enfer de l’existence des poilus de la Grande Guerre, il mesura très vite le décalage qui séparait la ferveur populaire des premiers départs à l’épouvantable réalité quotidienne du monde des tranchées. Au mois de juillet 1916, il participa à la bataille de la Somme, une des plus meurtrières de toute l’histoire humaine (58 000 victimes le premier jour des combats dont près de 20 000 soldats tués). Blessé par un éclat d’obus, il resta quelques semaines en convalescence, en marge du conflit. Mais ce ne fut qu’un court sursis.

Claude-Marie Boucaud croyait avoir vécu l’horreur dans la Somme. Il fut encore pire au Chemin des Dames, considérée comme la bataille la plus sanglante de la Première Guerre mondiale. Après quelques jours de combats acharnés, il eut la cheville brisée par une balle de mitrailleuse. Cette blessure mit un terme à sa participation au combat et il devait en garder des séquelles dans la suite de son existence.

Au lendemain de la guerre, Claude-Marie Boucaud s’installa à Priay. Il avait renoncé à succéder à son père à la forge familiale, préférant travailler aux chemins de fer, au sein de la compagnie PLM. Il débuta comme mécanicien avant de devenir chauffeur de locomotives, une profession qui, en cette époque des trains à vapeur, était loin de représenter une sinécure, avec un froid glacial en hiver et une chaleur étouffante en été. Mais, pour quelqu’un qui avait connu les tranchées, les conditions de travail étaient plus qu’acceptables… Après la nationalisation des PLM en 1938, il resta toujours conducteur de train dans la toute jeune SNCF.
Après la Libération, en 1946, alors âgé de 51 ans, il fit valoir ses droits à la retraite. Claude-Marie Boucaud ignorait alors qu’il n’avait pas encore vécu la moitié de son existence ! Sa bonne santé et même sa parfaite condition physique lui permirent de profiter ardemment des joies de la retraite. Il surprenait son entourage lorsque, le 12 août 1995, il souffla les cent bougies de son gâteau d’anniversaire. Désormais, il avait faire preuve d’une étonnante longévité. Il n’en oublia pas moins l’horreur qu’il avait connu lors de la Grande Guerre et ne cessa d’apporter son concours pour perpétuer le devoir de mémoire.

Le 11 novembre 2003, il se dressait sous l’Arc de Triomphe, à Paris pour serrer la main du Président de la République Jacques Chirac et pour entendre des paroles d’éloge amplement méritées. Une année plus tard, pour personnaliser son 108eme anniversaire, il décida de s’offrir le baptême de l’air à l’aérodrome d’Ambérieu-en-Bugey.

Le 17 mai 2005, Claude-Marie Boucaud s’éteignait à Priay où il avait passé l’essentiel de son existence. Il était alors âgé de 109 ans et s’en allait rejoindre ses anciens compagnons de la Grande Guerre. Il était un des dix derniers anciens poilus et le seul ayant participé à la Grande Guerre dès la fin de 1914.

Pour son courage et pour son engagement au combat, Claude-Marie Boucaud avait reçu la Croix de guerre. En 1983, les autorités lui avaient décerné les insignes de chevalier de la Légion d’honneur. En 1996, il fut élevé au rang d’officier.