Coutumes de novembre autour de la mort

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Les franciscains ont façonné l’âme corse en exaltant la présence permanente de la mort. La mort chez les corses reste une permanente présence. S’il y a un rituel de la mort qui ne surprend pas les insulaires. Les défunts interviennent pour secourir les vivants en cas de danger et d’épreuves. La fête de la Toussaint est la fête des Morts appelée I Morti, le lendemain, donnent lieu à des rites ancrés dans la tradition.
Dans la nuit du ler au 2 novembre, les défunts selon la coutume reviennent dans leurs anciennes maisons. Les vivants se doivent de leurs réserver un accueil favorable. Aussi, on ne ferme pas les portes des demeures, on maintient le feu allumé dans la cheminée, on laisse à leur intention nourritures et boissons bien en vue sur la table de la cuisine. Ainsi, les morts entrent, se chauffent se nourrissent, se désaltèrent à leur aise avant de rejoindre leurs pénates dans l’au-delà.

Le manquement à ces rituels déclenche la colère des défunts qui perturbe allégrement les familles négligentes. Les disparus provoquent alors une tourmente nommée timpesta di i morti (tempête des morts).
Le soir de la Toussaint, on sonne les cloches pour réveiller les trépassés. Comme chaque famille veut avoir sa part de carillon tonitruant, la sonnerie dure toute la nuit jusqu’au matin !
Un coup de cloches joyeuses pour les vivants, un coup de glas pour les disparus qui viennent sur la place de l’église si leur famille a bien fait la charité. Ce soir du ler novembre, on fleurit les morts et on illumine le cimetière avec des veilleuses rouges insensibles aux intempéries.

En Corse, on distingue deux sortes de traditions funèbres, celles qui s’appliquent à toute mort naturelle et celles qui se rapportent à la mort violente (mala morte, male mort). Dans le premier cas, on sonne le glas avant que le mourant n’expire, juste au moment de l’agonie pour l’aider à bien mourir et le protéger des assauts des puissances du mal qui risquent de l’importuner au « passage ». Dès que le décès est constaté, on voile miroirs et toutes surfaces réfléchissantes, on couvre les fenêtres pour faciliter le départ de l’âme (u spirdu). Autrement cette spirdu pourrait se lover dans les reflets des miroirs et rester prisonnière dans la maison. Il faut donc impérativement lui « ouvrir le chemin ». Pendant trois jours, on va tout fermer et éteindre les feux. On ne fait plus la cuisine. On ne se sert plus de la vaisselle de la maison. Les repas de la famille en deuil sont offerts par le voisinage. Le mort revêtu de ses plus beaux habits ou du surplus de la confrérie est exposé sur la tola, une table de maison dressée dans la pièce principale. Si cette table est celle des repas, elle est retournée après les funérailles et laissée à l’envers quelques jours pour la débarrasser des « influences de la mort ».

La veillée funèbre est assurée par les parents et les amis du défunt. Un repas rituel est offert appelé cunfortu. Il a été payé par le mort qui a mis de côté au cours de sa vie l’argent et les vivres destinés à ces agapes. Il y a quelques temps, les femmes proches parentes du défunt improvisaient des champs funèbres en hommage au mort : voceri, lamenti, ballade.
Deux jours après, on enterre le défunt après un office solennel « la messa parata ». Les champs polyphoniques sont très émouvants. Le cercueil porté par les hommes du village ou ceux de la confrérie (si elle existe) est mené au cimetière et mis dans le tombeau de famille.

En cas de mort violente, la veillée mortuaire donne lieu à des rites singuliers. On suspend la chemise ensanglantée dans la salle commune afin de maintenir à vif le désir de venger l’offense. La voceratrice (femme qui donne le ton aux chants funèbres) introduit dans les lamenti et les voceri des strophes spécifiques les « zimbeccu » exprimant la vengeance qui s’adresse aux hommes de la famille de la victime. Un petit tumulus semblable aux hermès grecs ou aux mouranes albanaises nommé mucchju est construit à l’endroit où la victime a été abattue. Chaque passant jettera dessus un caillou ou une branche d’arbuste. Cette accumulation formera le mucchju. Si la mort a frappé une jeune fille, les chants funèbres l’assimilent à une épousée. Les lamenti célèbrent ses noces avec le Seigneur qui est venu la chercher. N’oubliez jamais : si vous entendez battre le tambour une nuit, si vous croisez une étrange procession de pénitents, fantômes blancs portant à la main un cierge allumé, passez votre chemin ou adossez-vous au mur le plus proche de façon à ne pas être enveloppé, mettez un couteau dans la bouche, le manche à l’extérieur, la pointe tournée vers ces étranges esprits (précaution utile pour ne pas perdre la parole) et surtout n’acceptez jamais rien. Vous êtes le témoin d’une procession des revenants, la Squadra d’Arozza troupe de spectres venant célébrer à l’avance les funérailles d’un futur mort.

Source : l’Histoire de l’Eglise Corse par Chanome Casanova

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