Décembre 1967 : le double meurtre d’Azay-le-Rideau

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Le samedi 30 décembre 1967, vers 9h30 du matin, à environ un kilomètre du bourg d’Azay-le-Rideau, au lieu-dit « les Caves », un hameau où vivaient seulement cinq familles, on découvrait les cadavres de deux personnes âgées, ceux d’Adrien Cornillault (76 ans) et de son épouse Christiane (64 ans). Les malheureux gisaient le crâne fracassé au fond de leur cave creusée dans le rocher, à proximité de leur maison. A côté d’eux, deux gros maillets maculés de sang avaient dû servir au meurtrier. Selon les enquêteurs accourus sur place, le crime devait remonter au lendemain de Noël.

Les époux Cornillault passaient pour être des gens assez bizarres, un peu « sorciers », qui vivaient chichement au milieu de leurs nombreux chats et de leurs canards. On racontait pourtant qu’ils avaient un « magot » caché quelque part. Le père Cornillault lui-même se vantait parfois d’être « millionnaire ». En tout cas, le couple était méfiant et n’ouvrait pas sa porte à des inconnus…

L’enquête s’orienta d’abord vers un groupe de bohémiens qui s’était installé quelques jours avant le crime à 200 mètres de là. C’était une fausse piste car brusquement, le 23 janvier, le coupable était démasqué.

Il s’agissait de Roger D., le fils d’un des plus proches voisins des Cornillault. Cet ouvrier agricole de 23 ans avait quitté Azay-le-Rideau depuis deux ans, après avoir été chassé par sa famille, à la suite de démêlés avec la justice. Jeune marié et déjà père d’un enfant, il s’était installé dans le Loiret, à Ligny-le-Ribault. Il avait dû emprunter de l’argent pour faire divers achats dont un tracteur, et il n’arrivait plus à rembourser ses dettes. C’est alors qu’il s’était souvenu du fameux « magot » du père Cornillault…
Roger D. avait quitté son domicile du Loiret sur son cyclomoteur le 23 décembre pour venir à La Riche, près de Tours, où il possédait une cabane. Le 26 décembre, il gagnait Azay-le-Rideau et arrivait aux « Caves » vers 19 heures sans se faire remarquer. En cette saison, il faisait déjà nuit noire. Après avoir attendu un court moment, il aperçut Adrien Cornillault qui pénétrait dans sa cave. Il le suivit discrètement et se rua sur lui en le frappant sauvagement à l’aide d’un maillet qui se trouvait là. Puis il se précipita vers la maison du couple et trouva Christiane dans sa cuisine en train de préparer le dîner :
Venez vite, cria-t-il, votre mari vient d’avoir un malaise dans sa cave !

Surprise et affolée, la femme, qui connaissait bien Roger D., partit sans réfléchir pour porter secours à son mari. A peine entrée dans la cave, elle reçut à son tour un coup de maillet fatal sur la tête.

Débarrassé des deux époux, Roger D. put fouiller tranquillement la maison. Il finit par découvrir les économies du couple, une somme de 5600 francs, puis il repartit après avoir éteint les lumières et fermé la porte à clé. Toujours sur son cyclomoteur, il regagna sa cabane à La Riche…Personne ne l’avait aperçu !
Ce double meurtre aurait donc pu rester impuni, mais Roger D., trop confiant sans doute, commit une énorme imprudence. En effet, dès le lendemain, il se rendit à Tours afin de payer plusieurs dettes. Il y retourna le jour suivant pour acheter un téléviseur et une cuisinière…Cette soudaine aisance ne passa pas inaperçue parmi son entourage et fut bientôt connue des enquêteurs. Quelques semaines seulement après son crime, Roger D. était arrêté à son domicile du Loiret

Devant les jurés de la Cour d’Assise d’Indre-et-Loire, le 24 juin 1969, l’assassin réussit à sauver sa tête. Pourtant, l’avocat général ne lui avait reconnu aucune circonstance atténuante et avait réclamé la peine de mort. Le verdict de la Cour fut plus clément : réclusion criminelle à perpétuité. On entendit alors nettement Roger D. pousser un sonore soupir de soulagement, tandis que son épouse se précipitait vers ses avocats en s’écriant « merci » !

Bernard Briais