En 1904, le centenaire de Georges SAND

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Lors du centenaire de George Sand. de grandes fêtes furent données à Nohant, Vicq et à la Châtre, dans le décor simple et joli de la « Vallée noire ». Le Berry encore berrichon montra pour quelques heures les vieux costumes du pays. Le côté traditionnel, lequel nous occupe seul ici, fut le plus grand charme de l’assemblée. Les jouvencelles portaient, gracieuse sur leur col, la même croix d’or, familial bijou. Les coiffes carrées piquées de deux épingles à grosse tête, le châle multicolore de la vieille fileuse à la quenouille enrubannée, les « boyons » perchant leurs grands boeufs, le char de La Gerbaude, les danses villageoises, polka piquée et bourrée, les chansons berriaudes au rythme lent et mélancolique rappelèrent, rapidement, tout le passé de ce Berry naïf à jamais fixé par Sand.

De la gare de Nohant-Vicq au château, la corporation « des Gas du Berry » étala bien haut sa bannière portant comme devise « Quoiqu’on dise quoiqu’on fasse, j’ serons berrichons, quand même. – Noute soupe est maigre mais. j’ la trempons dans noute écuelle ». Coiffés de grands « chapiaus », feutres noirs à toquet haut et à larges bords, portant la blouse bleue, ils sonnèrent les branles d’antan.
Les échos des entours, aux pastours assis près les bouchures, aux pastourelles déambulant par les sentes égarées dans ces pays perdu,
redirent, comme au soir des noces villageoises, la chanson :

Au pays du Berry quand une fillette
A fixé son choi. oui-da, sur un épouseu.
Les parents. les amis en habits de fête
Viennent précédés, oui-da, d’un cornemuseu.

A la Châtre, l’assemblée fut très intéressante. Là, on retrouva, bien distincts entre eux, les types des paysans de la vieille Marche et du Berry. Les petites filles de G. Sand décernèrent elles-mêmes des prix aux meilleurs danseurs de « pas » locaux et aux chanteurs populaires, maîtres en ce parler berriau que les poètes Hugues Lapaire et Gabriel Nigond reconstituent et conservent dans leurs vers. Les tableaux vivants symbolisant les personnages des principaux romans campagnards de Sand furent réussis. Les costumes étaient authentiques, car un grand nombre de vieillards les portent encore dans l’arrondissement de la Châtre, contrée la plus berrichonnante du département de l’Indre. Toutefois, il s’est glissé durant ces fêtes une erreur de détail. La monture du « meunier d’Angibault » en effet, était noire, ce qui est entièrement contraire à la tradition.
Dans la Brenne tourangelle, pays resté berrichon de coeur, de race et de coutumes, jamais autrefois et rarement aujourd’hui un meunier qui moud à la pochée ne possède un cheval noir. La bête qui mène le grain doit être blanche comme la farine et comme les filles qu’elle seule, dans le village, « carriolera » vers l’église au clair matin du mariage.

J. R.