Georges Blanc

/ Ain - Bresse - Bugey / / Portrait /

Dans la longue histoire de la gastronomie de la Bresse, une famille occupe une place privilégiée, celle de la famille Blanc. Si le nom de Georges Blanc apparaît, aujourd’hui, tout en haut du gotha des plus brillants chefs cuisiniers de tout l’Hexagone, il tient une grande partie de son talent et de son génie à un précieux héritage familial. Georges Blanc, né le 21 janvier 1943 à Bourg-en-Bresse, appartient en effet à la quatrième génération d’une famille qui a passé l’essentiel de son existence derrière les fourneaux.

Tout a commencé avec Jean-Louis Blanc, en 1872, un marchand de charbon qui décida d’ouvrir dans le petit village de Vonnas, à quelques dizaines de kilomètres de Bourg-en-Bresse, un petit café limonadier qui proposait également quelques repas avec des menus simples. Les choses en seraient peut-être restées là si le destin n’en avait décidé autrement lorsque Adolphe, le fils de Jean-Louis épousa une certaine Élisa Gervais.

Surnommé « la mère Blanc », elle trouva dans la rustique auberge de son époux sa véritable raison d’être. Dès le lendemain de son mariage, en 1902, elle s’installa derrière les fourneaux, recherchant dans les produits agricoles de l’environnement de la Bresse, notamment auprès des poulets, coqs et canards, tous les ingrédients pour concevoir des plats d’une succulente saveur. La réputation de cuisinière de la mère
Blanc dépassa très vite le cadre du village et même de la région. Elle attira bientôt les regards du Guide Michelin qui, en 1929, n’hésita pas à lui décerner une étoile. La reconnaissance de la mère Blanc se confirma auprès des membres du Touring-Club de France et, en 1933, elle obtint le titre honorifique de « meilleure cuisinière du monde » ainsi qu’une deuxième étoile au Guide Michelin.

La mère Blanc fut alors secondée par son fils, Jean-Victor, né en 1906 ainsi que par sa belle fille, Paulette. Peu à peu, la troisième génération de la famille Blanc s’affirma, tout en reprenant les mêmes traditions culinaires minutieusement élaborées par Élisa Blanc, jusqu’au décès de celle-ci en 1949.

C’est donc au sein d’une famille entièrement vouée à la cuisine bressane que Georges Blanc vit le jour au coeur de la Seconde Guerre mondiale, en 1943. Un instant, on aurait pu croire que cette prestigieuse dynastie allait prendre fin car le petit Georges ne manifestait qu’un intérêt très limité pour la cuisine. Il songeait plutôt à une carrière dans l’aviation ou s’en aller partir à la découverte du monde. Mais comment échapper au virus de la grande cuisine en étant issu d’une telle famille ?

Georges Blanc, renonçant à ses rêves de voyages et d’aventure, décida de s’inscrire à l’École hôtelière de Thonon-les-Bains dont il sortit major en 1962. Trois années plus tard, au terme d’un stage réalisé en tant que steward dans une compagnie aérienne (et l’opportunité d’assouvir une partie de sa passion pour l’aviation), de son servie militaire réalisé comme cuisinier à bord du porte-avion Foch, et du passage dans plusieurs établissements prestigieux, il intégra l’auberge familiale de Vonnas. Pour la première fois depuis sa création, un homme prenait la place des femmes devant les fourneaux !

L’arrivée de Georges Blanc apporta un bouleversement. Fort des expériences acquises durant sa formation, il proposa un autre type de cuisine, plus légère, avec moins de matières grasses mais en s’appuyant toujours sur les meilleurs produits du terroir. Dans le même temps, il transforma la sympathique mais rustique auberge familiale en une somptueuse hôtellerie de luxe et agrémenta sa maison de structures et d’équipements de loisirs et de détente.

En 1981, Georges Blanc obtenait la légitime reconnaissance de ses efforts en obtenant la prestigieuse troisième étoile au Guide Michelin. Quatre années après, c’est le non moins célèbre Gault-Millau qui lui attribuait la note incroyable de 19,5 sur 20 !

En 1985, Georges Blanc élargissait encore le champ de ses prestations en plantant un vignoble dans le Mâconnais, pour la production de vins personnalisés. Il confirmait ainsi sa passion pour les grands vins qui s’était amorcée avec la création d’une des meilleures caves du monde qui rassemblait quelque 130 000 bouteilles des meilleures appellations. Pourtant, Georges Blanc n’avait pas fini d’étonner et de surprendre… Au début des années 1990, il concevait dans le centre de Vonnas un « village gourmand », construit à partir de maisons traditionnelles et restaurées dans la plus strict style architectural de la Bresse. Son fils, Frédéric, perpétue à présent la saga familiale.

Commandeur de la Légion d’honneur et du Mérite agricole, Georges Blanc est à la tête d’une entreprise qui occupe plus de 200 employés et qui est le plus ancien établissement étoilé au monde, reconnut unanimement par les professionnels de la gastronomie internationale.

Jean Daumas

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
partagez !