Givet

/ Ardennais / / Reportages /

Givet, chef-lieu de canton de l’arrondissement de Rocroi, dans le département des Ardennes, est une ville peuplée de 5 à 6 000 habitants, située à l’extrémité d’une saillie que pousse le territoire français vers le territoire belge, des deux côtés de la Meuse. Les deux quartiers, séparés par le fleuve et réunis par un beau pont de cinq arches, portent les noms de Givet-Notre-Dame, sur la rive droite, et de Givet-Saint-Hilaire, sur la rive gauche ; l’un et l’autre sont entourés d’une enceinte bastionnée due à Vauban ; Saint-Hilaire est en outre dominé par la forteresse de Charlemont, citadelle en forme de triangle très allongé qui doit son origine à l’empereur Charles-Quint.

À part ses fortifications, qui en font un des principaux boulevards de la France du côté de la Belgique, Givet n’offre d’intéressant que sa jolie situation dans une riante vallée aux pentes tantôt rapides et rocheuses, tantôt faciles et couvertes de cultures. Les versants les plus escarpés des collines fournissent des marbres et d’excellentes pierres de taille, qui sont préparés dans les scieries de Givet. Cette ville renferme en outre un grand nombre d’industries, dont les produits sont facilement expédiés sur la France et la Belgique, soit par la Meuse, soit par les grands chemins de fer internationaux de Paris et de Reims à Namur. La plus importante est celle des pipes, qui occupe six à sept cents ouvriers et livre chaque jour au commerce plus de 200 grosses pipes. Celle des crayons n’est représentée que par une seule fabrique ; mais cette fabrique est une des plus importantes et des plus célèbres de France. Les crayons Gilbert sont connus dans presque tous nos établissements d’éducation. Des tanneries nombreuses, des fabriques de colle-forte et quelques usines métallurgiques occupent encore la population industrielle de Givet et de ses environs immédiats.

Givet s’honore d’avoir vu naître, en 1763, Nicolas Mehul, célèbre compositeur de musique, mort à Paris le 18 octobre 1817. Il n’avait que vingt-sept ans lorsque fut représenté à l’0péra-Comique de Paris son premier ouvrage, « Euphrosine et Conradin », dont le succès fut considérable. Son chef-d’œuvre, Joseph, qui parut en 1807, fut joué depuis dans tous les théâtres de l’Europe, et même, en 1869, dans les ruines du théâtre romain d’Orange, où vint l’écouter une foule immense accourue de tous les points du Midi. « Stratonice », autre opéra, composé en 1792, est aussi très estimé. Givet a consacré par un monument le souvenir de ce grand homme.

Non loin de Givet, au sud-ouest, sur les collines dominant la rive gauche de la Meuse, s’élèvent les ruines du château d’Hierges, jadis une des plus belles constructions féodales des Ardennes.

Anthyme SAINT-PAUL – 1880