Interview de Judith Rapet, auteur de La Mélodie des roses

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Comment l’histoire est née :

Alors que je collectais des photos et des témoignages sur le passé de la commune de Baignes-Sainte-Radegonde en Charente dans le but d’écrire un ouvrage, on m’a raconté l’histoire de cette femme dont la vie avait été un roman, selon les termes de ceux qui l’ont connue. Il n’en fallait pas plus pour aiguiser mon inspiration. La trame est réelle, j’ai simplement mis l’histoire en musique en prêtant à mon héroïne des goûts pour la musique et en faisant de l’homme qu’elle a rencontré, lors de la traversée Saïgon-Marseille, un pianiste de renommée internationale. Si la partie musicale m’a été facile à écrire, j’ai dû faire de nombreuses recherches sur la vie en Indochine, colonie française, à cette période de l’entre-deux-guerres jusqu’à la prise du pouvoir par Ho Chi Minh.

Une histoire écrite à la première personne :

C’est un exercice qui ne se prête pas toujours à l’histoire qu’on veut raconter mais quand c’est possible, j’aime beaucoup, par le biais du « je » me glisser dans la peau du personnage. C’est une façon de mieux se l’approprier, de vivre au plus près ses émotions. C’est la deuxième fois que j’utilise cette formule.

Les grands thèmes de l’histoire :

C’est un roman sur l’amour, filial ou passionnel et sur l’amitié. Sur les facéties du destin qui entraînent les personnages vers des chemins qu’ils n’ont pas choisis. Sur le courage d’une femme qui élèvera seule sa fille.

Pourquoi écrire ? :

Ecrire des romans est un besoin et un devoir de mémoire puisque chacun d’eux retrace des parcours de personnages qui ont existé. C’est un bonheur d’avoir ce privilège de pouvoir s’enfermer dans une bulle et de voyager dans le temps, de vivre de nombreuses vies. On est à la fois l’acteur et le spectateur, celui qui tire les ficelles. J’ai le sentiment d’entretenir un lien spirituel avec mes héros, de les avoir connus. Je sens parfois que ce sont eux qui me guident et m’insufflent cette force créatrice qui m’anime durant la phase d’écriture. Ils viennent à moi pour que je les fasse revivre, que je les réhabilite et qu’ils ne soient plus jamais enfermés dans l’oubli.

L’écriture d’un roman est un véritable état de grâce qui me comble de bonheur et me coupe du monde actuel et d’une époque qui n’est pas la mienne… mais ce serait égoïste si ce n’était pas avant tout pour apporter du bonheur, du rêve et du plaisir aux lecteurs en leur faisant partager mes émotions.

Les sources d’inspiration :

La plupart du temps et au bout du 7e roman, il s’avère que je m’attache à des personnages féminins dont les amours sont contrariées ou impossibles dans des contextes historiques difficiles qui apportent aux histoires une plus grande dimension émotionnelle.

Mes histoires ont toujours un ancrage dans ce pays charentais qui est le mien, que je défends et que j’aime particulièrement. Je mets en valeur quelques éléments de son patrimoine, de son histoire, de son terroir, de ses traditions et de son identité culturelle auxquels je suis très attachée.

Les livres qui m’ont marquée et qui ont forgé mon style et mon inspiration :

Les auteurs anglais du XIXe siècle : les sœurs Brontë, Jane Austen, Thomas Hardy. Les auteurs français aussi du XIXe : George Sand, Emile Zola, Victor Hugo, Eugène Le Roy, Alain Fournier, Guy de Maupassant …

Mes livres fétiches : Jacquou le Croquant, Les Hauts de Hurlevent, La mare au diable, le Grand Meaulnes.