Jean Royer, le maire des «Trente glorieuses»

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Durant la quasi totalité de la seconde moitié du XX e siècle, la ville de Tours a été dirigée par un même maire, Jean Royer !
Issu d’une famille modeste, ce dernier était né le 31 octobre 1920 à Nevers. Il avait ensuite suivi les cours de l’École Normale d’instituteurs installée à Loches. Logiquement, en 1940, il commençait une carrière d’enseignant qui le mena successivement à Monts, Thilouze, Langeais et Sainte-Maure. En 1954, il devenait professeur d’histoire-géographie au collège Michelet à Tours, fonction qu’il quitta en 1958 pour se consacrer totalement à la politique. Il venait, en effet, d’être élu député à l’Assemblée nationale où il siégera presque sans interruption jusqu’en 1997 en tant que « non inscrit ».

L’année suivante, en mars 1959, Jean Royer devenait maire de Tours. Nul ne se doutait alors qu’il commençait là un véritable règne et qu’il s’installait à la tête de la municipalité pour 36 ans : un record !

Pendant cette longue période, sous la houlette de son premier magistrat, la ville allait connaître un développement spectaculaire, favorisé, il est vrai, par le contexte euphorique des « Trente glorieuses ». Les grands chantiers se succédèrent sans discontinuer : nouveau quartier du Sanitas, aménagements gigantesque des rives du Cher, réhabilitation du « Vieux Tours », construction des « pavillons Royer » à Tours nord et dans le parc de Grandmont (pour permettre à des familles modestes d’accéder à la propriété), Palais des Congrès Vinci, etc. Sous la conduite de Jean Royer, la préfecture d’Indre-et-Loire prenait un nouveau visage !

Parallèlement, Tours qui, dans les années « soixante », devait accueillir chaque année 3500 habitants supplémentaires, tripla sa superficie en annexant notamment les communes voisines de Saint-Symphorien et de Sainte-Radegonde.
En 1973, le premier ministre, Pierre Mesmer, avait choisi Jean Royer comme ministre du commerce et de l’artisanat. A ce poste, le maire de Tours s’illustra par une loi qui réglementait l’installation des « grandes surfaces ». Il fut aussi ministre des postes et télécommunications au début de 1974.

Cette même année, Jean Royer, aveuglé peut-être par une ambition démesurée, se présentait à l’élection présidentielle. La campagne qu’il fit prit l’allure d’une « croisade » au cours de laquelle il défendit les valeurs traditionnelles, dénonçant la décadence des mœurs et la pornographie. Les meetings de ce nouveau « père La-pudeur » furent régulièrement perturbés par des groupes d’étudiants ; des jeunes filles venant même le narguer en dévoilant publiquement leur poitrine ! Et le candidat à la présidence ne fut guère convaincant puisqu’il ne recueillit que 3,17 % des suffrages.

Si, au plan national, Jean Royer avait essuyé un cuisant revers, il continuait à s’imposer sans conteste dans son fief tourangeau. Sa rigueur, sa franchise, sa compétence compensaient largement auprès de ses administrés son apparente froideur et chaque élection municipale prenait pour lui des allures de plébiscite.
Pourtant, en 1995, le « Roi Jean », largement septuagénaire, au lieu de se retirer avec sagesse, sollicita une fois de trop le suffrage des Tourangeaux. C’était l’échec. Jean Royer, victime surtout des rivalités au sein de son propre camp, devait laisser son « trône » au socialiste Jean Germain, un départ peu glorieux pour celui qui restera cependant le grand maire de Tours du XX e siècle !

(Jean Royer est mort en mars 2011.)
B.B