La 203 Peugeot

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203

La 203 ou le renouveau de Peugeot par Jany Huguet

Peugeot fait partie des marques automobiles françaises les plus anciennes et ce fut une histoire de famille qui dure toujours.
La fabrication des automobiles Peugeot est issue des entreprises des frères Peugeot qui fabriquaient aussi bien de l’outillage que des vélos, des motos, des camions ou des moulins à café.

En effet, Armand, l’un des frères Peugeot, a créé la société des automobiles Peugeot, en 1896, et la première voiture de la marque est sortie cette année-là.
La pénurie de matières premières et le coût du carburant ont obligé les constructeurs à fabriquer des voitures économiques imposées par le plan Pons, mis en œuvre par les pouvoirs publics.
Peugeot fut donc chargée de fabriquer une auto économique de moyenne cylindrée : ce sera la 203 (berline 4 portes – 1 290 cm3 – 7 chevaux fiscaux –
4 places).

Cette voiture va marquer son époque, non seulement parce qu’elle bouscule les conceptions techniques de l’automobile, mais aussi parce qu’elle présente un aspect esthétique qui diffère des autres marques.
Tout d’abord, elle est équipée d’un moteur super carré qui n’est pas optimisé, ni poussé à son maximum. Et c’est ce choix du constructeur qui va faire la réputation de robustesse du moteur de la 203 Peugeot (on dirait « fiabilité » aujourd’hui) et qui va contribuer à sa notoriété et, donc, à celle de la marque.

C’est la première auto avec une carrosserie monocoque. Le moteur est posé sur le châssis, indépendamment de la carrosserie. La 203 est confortable, avec une bonne tenue de route, et chacun se souvient de sa forme atypique sur le marché, rassurante et familiale. Ce sera la première voiture à être équipée en série d’un toit ouvrant et de sièges avant couchettes.

Une autre particularité de la 203 Peugeot, ce sont les « flèches » de clignotant. À chaque fois que la voiture doit changer de direction, le conducteur actionne le commodo au volant, ce qui déclenche l’ouverture d’une flèche située en haut de l’aile arrière, à gauche ou à droite, et qui, en se déployant, indique les changements de direction. À noter que cette flèche est lumineuse afin d’être vue la nuit.
Les propriétaires de 203 se souviennent certainement des difficultés lorsque la fameuse flèche refusait de sortir de son logement ou de se refermer, et restait invariablement coincée.

Lorsqu’on était passager de la voiture, installé à l’arrière de la 203, on entendait le son si particulier qu’émettait la flèche lorsqu’elle se déployait ou se refermait à chaque fois que la voiture devait soit tourner, soit doubler une autre voiture.

Chacun se souvient, aussi, de la figure de proue qui figurait à la pointe du capot avant de la 203 : une tête de lion si caractéristique et qui rappelait l’emblème de la marque choisi par les frères Peugeot, il y a bien longtemps.

En effet, l’une des entreprises créées, en 1905, par l’un des frères Peugeot s’appelait « Société Lion Peugeot ». Pour mémoire, les frères Peugeot avaient choisi le lion comme emblème de leur marque pour rappeler le lion qui figurait sur les armoiries de la Franche-Comté dont la famille était originaire. Un écusson correspondant a longtemps figuré sur les voitures, en bas du capot avant ou sur le coffre arrière.

La 203 Peugeot a été produite par l’entreprise de 1948 à 1960 et, durant toute cette période, ce fut le seul modèle de la marque. Il est important de préciser que la 203 est la voiture qui permit le renouveau de la marque Peugeot et celle qui participa largement, durant son existence, à installer la réputation de sérieux de Peugeot.

Il faut aussi signaler que dès le départ une gamme complète de voitures fut produite : berline – découvrable – cabriolet – coupé – familiale – commerciale et camionnette.
Il faut noter aussi qu’il n’y eut pas d’évolution de la carrosserie, qui resta toujours la même durant ces 12 années pendant lesquelles la 203 fut produite.

Les principales modifications d’aménagement à retenir sont :
– l’agrandissement de la lunette arrière qui couvre la largeur de la voiture à partir de 1953. Auparavant, il y avait une petite lunette qui donnait peu de luminosité et n’optimisait pas la vision arrière avec le rétroviseur ;
– le tableau de bord, rectangulaire, initialement placé au centre de la planche de bord, puis positionné à gauche sous le volant, devant le conducteur, à partir de 1953, pour permettre une meilleure lisibilité des indicateurs.

Avec le changement de compteur, la voiture est équipée, la même année, d’un volant à 2 branches au lieu de 4.
Les « flèches » de direction sont abandonnées, à partir de 1957, et remplacées par des feux clignotants.
La tête de lion fut interdite pour des raisons de sécurité (les spécialistes de l’époque pensaient qu’elle était dangereuse en cas de choc frontal avec un piéton ou un cycliste).
Au niveau mécanique l’amélioration fondamentale fut réalisée sur la boîte de vitesses.

En effet à l’origine la boîte de vitesses était mal étagée, et cela provoquait des « trous » à l’accélération en montant les 2e et 3e vitesses, d’autant que la 4e n’était qu’une vitesse surmultipliée.
Ces problèmes seront réglés par la nouvelle boîte de vitesses avec 4 rapports synchronisés, à partir de 1954.
Pour être complet, il faut aussi mentionner l’évolution du moteur qui passera de 43 à 45 chevaux dès 1953.
En ce qui concerne l’aspect sportif, la 203 n’était certes, pas une voiture de course, mais la réputation de robustesse de son moteur et le fait qu’il n’était pas « poussé », comme on disait à l’époque, intéressaient les préparateurs.

Le plus célèbre d’entre eux fut Darl’mat, concessionnaire Peugeot à Paris, qui s’intéressa à la 203. Il travaillait déjà avec Peugeot puisqu’il avait réalisé une voiture de course, la 402 Darl’mat, qui courut les Vingt-quatre heures du Mans, en 1938, et gagna dans la catégorie 2 litres, mais ceci est une autre histoire.
Darl’mat prépara des 203 Peugeot, à partir de voitures d’usine avec un châssis surbaissé, un moteur équipé de deux carburateurs et une puissance portée à 50 chevaux. Il produisit ces 203, de 1949 à 1954, et ses voitures étaient reconnaissables avec leur calandre spéciale et les enjoliveurs d’ailes.

À cette période, l’entreprise Constantin fabriquait des compresseurs du même nom et Darl’mat travailla en partenariat avec elle pour préparer quelques 203 de course dont la puissance montait jusqu’à 90 chevaux.

Ces moteurs « gonflés » constituaient encore une preuve de fiabilité du moteur de la 203 puisque la puissance d’origine (45 chevaux) était doublée (90 chevaux).
La 203 Peugeot participa plusieurs fois aux Vingt-quatre Heures du Mans ainsi qu’à de nombreux Rallyes Raids dont elle s’était fait une spécialité, notamment Paris – Le Cap.