La Citroën DS

/ Société /

ds

Citroën DS : la déesse au nez de requin par Jany Huguet

La DS 19 est présentée au salon de l’auto 1955 par Citroën, et c’est une « révolution ».
En effet on peut parler de révolution automobile car la DS représente une nouvelle vision de la voiture tant sur le plan esthétique que sur le plan technique.

La forme de sa carrosserie est très effilée, avec un « nez de requin » ou une allure de « crapaud », selon qu’on aime ou pas son style : un arrière tronqué, avec des indicateurs de changement de direction en forme d’obus qui terminent la ligne du pavillon, des portières sans montant et des surfaces vitrées très importantes.

Son capot moteur, plongeant avec une jupe avant carrossée nous rappelle les carénages à effet de sol d’aujourd’hui.
Une particularité qu’il faut rappeler, ce sont les fameuses prises d’air « cendrier » qui se trouvent sur les ailes avant, pour faciliter l’évacuation de l’air chaud du moteur sur le modèle de l’année 1960. Elles seront supprimées sur le modèle de l’année 1963, qui est très recherché par les collectionneurs.

En ce qui concerne l’aspect intérieur, la DS est très « cossue » et surtout très spacieuse, notamment aux places arrière, car dépourvue de tunnel de transmission puisqu’il s’agit d’une traction avant.
Au niveau du poste de conduite, ce qui saute aux yeux c’est le volant monobranche, un système de sécurité mis au point par Citroën pour éviter les blessures à la cage thoracique causées par la colonne de direction lors d’un choc frontal.

Du côté technique, l’utilisation de l’hydraulique pour les systèmes de suspension et de freinage constitue une innovation importante car la DS est la 1ère auto à en être équipée. Les fameuses « sphères » de suspension donnent un confort exceptionnel à la DS, au grand dam des enfants de l’époque qui souffrent du « mal au cœur » malgré la nautamine dans la boîte à gants, que maman leur fait avaler avant chaque départ.

La boîte de vitesses à quatre rapports est aussi à commande hydraulique avec un embrayage automatique. Le petit levier de vitesse est placé sous le volant, devant le compteur de vitesse, et se manie avec deux doigts.

Enfin la pédale de frein est constituée d’un simple « champignon », au ras du plancher, et nombre d’entre nous ont été surpris lors des premiers freinages. En effet, la course du pédalier étant très courte, il faut juste l’effleurer du bout du pied pour freiner et surtout ne pas l’enfoncer d’un coup sec au risque de se retrouver dans le pare-brise ! Presque 80 000 bons de commande de DS enregistrés par Citroën pendant la durée du salon : c’est un record !

La France est coupée en deux ! Il y a les « pour » et les « contre », ceux qui aiment la DS pour son aspect innovant et ceux, plus conservateurs, qui la détestent ; mais elle ne laisse personne indifférent.
Tous ces éléments conjugués lui donnent une tenue de route exceptionnelle, aussi bien en ligne droite ou sur une autoroute que sur une route de montagne sinueuse.
Chacun de nous se souvient de l’impression de sécurité que l’on ressentait en la conduisant. On avait la sensation qu’elle était sur un rail et qu’une sortie de route était impossible quelle que soit la vitesse.
La publicité de la DS 19, en 1955 lors de sa sortie la qualifiait de « voiture la plus sûre du monde » et je pense que c’était vrai.

La DS fut produite de 1955 à 1975 à plus d’1 300 000 exemplaires, soit pendant 20 années durant lesquelles elle garda toujours son avancée technologique.
Il faut aussi noter la version « Pallas », qui constitue le haut de gamme de la DS avec une finition et un équipement de moquette encore plus luxueux.
Les personnalités, élus notamment, ne s’y sont pas trompées puisqu’à l’époque toutes les administrations sont dotées de DS, et on en trouve aussi bien dans les préfectures, les ministères ou à l’Assemblée nationale.

Le président de la République, Charles de Gaulle, fut même doté de DS pendant toute la durée de ses mandats et c’était la voiture qu’il préférait. D’autant plus qu’elle lui sauva la vie par deux fois lors des attentats dont il fut la cible, et plus particulièrement celui du Petit-Clamart, où la DS fut criblée de balles. Malgré le pneu arrière droit crevé, la DS put maintenir son cap et accélérer pour échapper aux agresseurs ; ce fut grâce aussi à la dextérité de son chauffeur.

Sur le plan sportif la voiture a une telle tenue de route que Citroën décide d’engager la DS dans les épreuves sportives de type rallye d’endurance ou rallye-raid.
La DS fut également produite en version familiale, commerciale (compte tenu de ses performances et de son confort de nombreux ambulanciers l’adoptèrent dans leur activité pour transporter les blessés) et cabriolet.

Arrêtons-nous un instant sur la DS cabriolet qui fut au départ construite par les ateliers d’Henri Chapron, artisan des carrosseries dérivées de nombreuses marques, et par la suite reprise en fabrication de série par Citroën.

Elle est aujourd’hui très recherchée par les collectionneurs et c’est un modèle rare de DS.
La DS eut également un rôle à jouer dans de nombreux films et j’en retiendrai un dont le titre est Fantômas se déchaîne d’André Hunnebelle en 1965 avec Jean Marais (le journaliste Fandor) et Louis de Funès (le commissaire Juve).

Chacun se souvient entre autres des films suivants :
Le Grand Restaurant de Jacques Bernard en 1966 avec Louis de Funès et Bernard Blier ;
L’Aventure c’est l’Aventure de Clau-de Lelouch en 1979 avec Lino Ventura et Jacques Brel.
La DS est également présente dans une série américaine, Mentalist, dont le premier épisode fut diffusé aux Etats-Unis en 2008 avant d’arriver en France en 2009.