La Double attaque du fourgon postal Loches-Tours

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Le mardi 1er octobre 1963, comme chaque soir, Bernard G., un jeune homme de 21 ans, conduisait le fourgon postal qui, par la vallée de l’Indre, ramassait le courrier entre Loches et Tours.

Il était environ 20 heures et il venait de quitter Veigné, sa dernière étape, quand, soudain, débouchant d’un petit chemin, une « 203 Peugeot » vint lui couper la route. Bernard G. freina brutalement pour éviter l’accident. Aussitôt, il se retrouva entouré d’individus masqués et armés, surgis des fossés. Sous la menace d’une mitraillette, le malheureux conducteur dut mener son fourgon à quelques kilomètres de là, dans les bois de Fontiville où les bandits s’emparèrent tranquillement des sacs postaux qu’il contenait avant de disparaître dans la nuit.
Resté seul, Bernard G., qui venait de connaître la peur de sa vie, s’empressa de gagner le hameau le plus proche, celui du Pavillon. Mais personne, ici, n’avait de téléphone. Et c’est finalement depuis le café de la « Petite Bamboche » sur la Nationale 143 qu’il put alerter les gendarmes de Cormery.
L’enquête commença sans tarder mais ne donna aucun résultat. Les malfaiteurs restaient introuvables…
Bernard G., remis de ses émotions, reprit son travail et sa tournée habituelle le long de la vallée de l’Indre…

Quelques mois plus tard, le mercredi 15 janvier 1964, il quittait la poste de Courçay et roulait vers Cormery. Au lieu-dit les « Quarts », une « Simca » noire déboucha sans crier gare d’un chemin de terre sur sa gauche. Cette fois, Bernard ne put éviter complètement le choc et son fourgon vint heurter l’aile arrière droite de la voiture.
Incroyable ! Le scénario vécu au mois d’octobre précédent se répétait. Entouré d’individus armés, le convoyeur fut contraint de mener son fourgon à l’écart, dans un champ. Après lui avoir solidement attaché les bras derrière le dos, les braqueurs lui posèrent un bâillon imbibé d’éther sur le nez et le firent allonger sur le sol, face contre terre.
Malgré l’éther, Bernard G. conserva sa lucidité. Cependant, il se garda bien de remuer, craignant pour sa vie.

Quand il fut certain que ses agresseurs avaient quitté les lieux, il se débarrassa de son bâillon. Par contre, il ne réussit pas à libérer ses mains. C’est donc à pied qu’il prit la route de Cormery. Il rencontra d’ailleurs bientôt les gendarmes qui venaient à sa rencontre, alertés par le postier de Cormery inquiet de ne pas voir arriver le convoyeur.
Cette deuxième attaque du même fourgon postal en moins de quatre mois laissa perplexes les enquêteurs qui soupçonnèrent alors fortement Bernard de complicité. Le pauvre homme dut subir d’éprouvants interrogatoires et sa maison fut passée au peigne fin.

Pourtant, cette fois, l’enquête allait vite aboutir. La « Simca » noire accidentée lors de l’attaque fut retrouvée à Tours et son propriétaire identifié. Il prétendit d’abord avoir été heurté par un chauffard qui avait pris la fuite, mais un papier de bonbon « Mintho » découvert à l’intérieur du véhicule le trahit. Un papier identique avait été retrouvé près du fourgon postal !
Dès lors, la police n’eut guère de peine à démasquer les auteurs des deux braquages. La surprise fut de taille lorsqu’on découvrit qu’il s’agissait, en fait, d’une affaire politique. La bande, qui avait organisé ces attaques, appartenait à une organisation clandestine, le MCR (Mouvement Contre-Révolutionnaire), une émanation de l’OAS, opposée à l’indépendance de l’Algérie ; et le vol des sacs postaux était destiné à financer ses activités.

La stupéfaction fut encore plus grande lorsqu’on apprit que, parmi les personnes arrêtées, figuraient plusieurs notables tourangeaux dont un notaire et un « châtelain ».
Le 28 juillet, les inculpés quittaient la prison de Tours pour celle de Fresnes, et les 6 et 7 août, ils comparaissaient devant la Cour de sûreté de l’état. Les hommes de main, qui avaient participé aux attaques, écopèrent de 5 à 15 ans de réclusion criminelle, tandis que les « notables » étaient condamnés à des peines de prison avec sursis !

Bernard Briais