Là fierà de Jiê

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Fazem én petït tou pà le feiriau. Qu’érà tï que cou batalhavà le mai : poudiem euvî là couvarsasieu deù païzan bei én marchand de beitiau, là biaudà bïn repassadà, le barou a là mo, eipiant én vedê :

Coumbe én voulés-tü ?

Trentà mïlà.

Nen tïraras pa tan, eu l-ei pa jente toun vedê, eu l-ei pa blan(ch) !

Bougre, qu’ei pa én blan(ch) ! Te l’as bïn eipiàd, eu l-à leù z-eù moen rouje que te !

Vïntà milà, pa mai !

Vai t’en, tïrà te deu chamï, te sés én charlatan !

Te faze pa plu neisi que te sés, i t’en balhe én boun pri, ieu le marque !

Massà ta siziâ, vai t’en nen raubâ n’autre !

Carculà mâ, tournarei dïn én moumen, degüd t’en balharo mai !

Vai t-en arcandîer !

Le ten passavà é là beitià se vendio pa, soen leù marchand s’acourdavon, qu’ei le païzan que tournavà care le marchand :

Venhà veire, z-ai én boun vedê, bïn blan(ch), venhà le tatâ, te le podei  chatâ eu l’à mâ bedüd le leite de sà moére.

T’as razou, eu l-ei boun, qu’ei le plu brave de là fierà !

Te vezés, ieu te zou dïze.

Te sirio pa Marselheiz, deù cô ?

Te le prenés ?

Pà d’aquei prî : vïntà milà é pa én sou de mai. Tapà, z-anem pa i passâ là journadà !

Qu’ei boun, vïntà mïlà, ieu tape.

I fazoun là pachà.

Ieu le marque (én cô de siziâ, le marcho z-ei fait)

A n’urà, menà le a là garà pà l’embarcâ.

A queu moumen, balhà là pessà a moun gâ, cou vau bïn co.

Leù bïlhei passavoun de nà mo a l’autrà, blauca d’afaira chabavoun ma cou.

Francette et Bernard Zabé du Montel-de-Gelat

La foire de Giat (traduction)

Faisons un petit tour sur le foirail. C’est ici que l’on discute le plus fermement : on peut entendre la conversation des paysans avec un marchand de bestiaux, celui-ci la blouse bien repassée, la bâton à la main, regardant un veau :

Combien en veux-tu ?

Trente mille.

Tu n’en tireras pas tant, il n’est pas joli ton veau, il n’est pas blanc !

Il n’est pas blanc ! Tu l’as bien regardé, il a les yeux moins rouges que toi !

Vingt mille, pas plus !

Vas t-en,  pars de mon chemin ! Tu n’es qu’un charlatan !

Ne te fais pas plus bête que tu es, je t’en donne un bon prix, je le marque !

Ramasse tes ciseaux, vas en voler un autre.

Réfléchis bien, je reviendrai dans un moment, personne ne t’en donneras plus !

Vas t-en voleur !

Le temps passait et la bête ne se vendait pas, souvent les marchands s’entendaient, c’est le paysan qui revenait vers le marchand :

Viens voir, j’ai un bon veau, bien blanc, viens le tâter, tu peux l’acheter il n’a bu que le lait de sa mère.

Tu as raison, il est beau, c’est le meilleur de la foire !

Tu vois, je te le dis.

Tu ne serais pas un peu marseillais !

Tu le prends ?

Pas à ce prix : vingt mille et pas un sou de plus. Tope, on ne va pas y passer la journée !

C’est bon vingt mille, j’accepte.

Ils concluaient le marché.

Je le marque (un coup de ciseaux, le marché est conclu)

À une heure, amène-le à la gare pour l’embarquer.

Alors donne la pièce à mon gars, cela le vaut bien.

Les billets passaient d’une main à l’autre, beaucoup d’affaires se terminaient ainsi.