La «Pouère» tapée La plus vieille conservation du fruit

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Depuis la nuit des temps, la déshydratation des fruits était le seul moyen de conservation. Rivarennes, commune des bords de Loire, peut-être fière d’avoir su garder la traditionnelle fabrication de la “poire tapée à l’ancienne”. La grande période de cette fabrication se situe entre 1850 à 1930. Cette nouvelle activité arrivait à point, car c’est en 1860 que les vignes de France et d’Europe furent infectées par le phylloxera, minuscules pucerons qui entraînent la mort des ceps de vigne. Donc les Rivarennais ont cultivé des poiriers et leurs fruits. Les arbres dits de “grands vents” mesuraient jusqu’à 4 mètres de hauteur avec diverses variétés comme le poirier de Colmar, japoule, queue de rat, curé etc. La cueillette était un rude travail, compte tenu de la hauteur des fruitiers, elle se pratiquait avec des grandes échelles en châtaignier. Grâce au plateau argilo-calcaire de cette commune dominant la basse vallée de l’Indre, la récolte pouvait fournir une soixantaine de fours troglodytes.

Ces derniers étaient chauffés au bois coupés principalement en forêt de Chinon dès le mois d’octobre afin de pouvoir déshydrater plusieurs tonnes de poires. La dernière “chauffe” fut réalisée en 1931. La concurrence américaine, la chaîne de froid, ainsi que la stérilisation mirent fin brutalement à la production des poires tapées. La voie navigable a favorisé le commerce des fruits secs (poire, pomme, prune…). En empruntant la Loire, les mariniers transportaient plusieurs tonnes de ces fruits très recherchés tant par leur goût que par leur poids léger, vers Nantes ou Paris. Ensuite l’expédition était dirigé vers les villes d’Europe de nord tels Amsterdam, Hambourg, Copenhague, Anvers .

La marine anglaise en consommait énormément pour se protéger du scorbut. Aujourd’hui, la poire tapée est revenue au goût du jour , elle est toujours travaillée de la même façon malgré quelques installations plus récentes. Le sol reste le même, aussi argilo-calcaire, seulement quelques variétés fruitières ont changé, elles se nomment dorénavant williams jaune ou rouge, beurré hardy, passe- crassane, conférence, légipont, général Leclerc etc. C’est dans les années 90 que les fours ont ressenti une nouvelle fois la chaleur, le crépitement des sarments de vigne, car soixante années ont passé sans aucune fumée, sans odeur, et surtout sans… pouères tapées(mot argotique de notre région).

JM Gourbillon