La vie humaine

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La Naissance et l’Enfance. — Si on refuse quelque chose à une femme enceinte, elle peut faire venir aux yeux des grains d’orge (orgelets).

Une demoiselle n’accepte jamais d’être marraine d’une fille, si c’est la première fois qu’elle est marraine ; car si elle se mariait, elle serait assurée de n’avoir que des filles et pas de garçons.
Si un enfant est baptisé dans les vingt-quatre heures qui suivent sa naissance, il fait sortir du purgatoire l’âme d’un de ses parents défunt.
Si au moment du baptême le parrain ou la marraine se trompent d’un seul mot en récitant le Credo, l’enfant devient stregho ou stregha, ou bien Mortolaio : en ce dernier cas, il voit tout ce que font les revenants dans leurs courses nocturnes. Cette croyance aux streghe est très répandue sur plusieurs points de l’arrondissement de Corte.

Toutes les mères placent au cou de leurs enfants une branche de corail ou leur mettent un bracelet pour les préserver du mauvais oeil ou de l’oeil d’envie, et les empêcher de mourir. Celles qui n’ont pas de corail cousent dans un coin de la robe de l’enfant quelques gros grains de sel de cuisine, qui a aussi la propriété de conjurer le mauvais oeil.
Au Niolo, jadis les jeunes filles à partir de sept à huit ans jusqu’au jour de leur mariage étaient habillées en garçons ; ce costume les préservait des attaques des streghe et aussi des entreprises des jeunes gens.
Mariage. — Dans l’arrondissement de Sartène, lorsqu’il est question d’un mariage, les deux familles se réunissent chez les parents de la jeune fille qui offrent un dîner ; ils discutent ensuite les questions d’intérêt, lorsque tout est bien entendu, les parents du jeune homme se retirent, et celui-ci couche avec sa petite femme ; cela s’appelle l’abracia. Il n’y a pas d’exemple d’abandon par le fiancé après l’abracia. Quinze jours après, le maire et le curé les marient.

Quand la jeune fille a reçu la bénédiction nuptiale, elle a soin de se relever la dernière ; car des deux mariés, le premier qui meurt est celui qui se lève le premier.
A Asco lorsque les nouveaux époux arrivent à la porte de l’église, le marié va seul jusqu’à l’autel, puis il se retourne et dit : A calane. La mariée prend sa robe et la relève un peu à droite et à gauche, puis elle va à l’autel en disant : « Ca ne cabe, sema sancu che ne pargue una sposade. Moi je montre sagement que j’ai l’air d’une mariée ».
Lorsque le curé leur demande s’ils sont contents de s’épouser, il dit : E souche tallera, les mariés répondent : E souche ; c’est leur manière de dire oui.
La cérémonie terminée, toutes les femmes du village sont là chacune avec un pot de miel et une cuiller ; elles donnent aux nouveaux mariés une grande cuillerée de miel qu’ils sont obligées d’avaler bon gré mal gré, et cette cérémonie se renouvelle depuis l’église jusqu’à la maison.
Si l’on se marie le mardi, la mariée est une martyre.

Pour savoir si une fille ou un garçon se marieront dans le courant de l’année, on jette dans le feu des feuilles d’olivier, une, deux, trois, les unes après les autres ; si la feuille danse et se retourne, ils se marieront, si elles brûlent, il n’y aura pas de mariage.

Mort ; pronostics. — Si les chiens aboient la nuit devant une maison, il est certain qu’avant peu il y mourra quelqu’un ; ils aboient deux fois pour une femme, trois fois pour un homme.
Un grand bruit entendu la nuit, est le présage de la mort de quelqu’un dans la maison. Une lampe qui se casse prédit la mort d’une personne de la famille ; si on renverse de l’huile, il y aura une grave maladie d’un parent ; si la bouteille se casse, c’est la mort.
On ne doit jamais balayer la maison le soir, si on le faisait quelqu’un de la famille mourrait. Si l’on ne peut fermer l’un des du yeux mort, quelqu’un de la famille le suivra au tombeau, si les deux restent ouverts, il meurt deux personnes.

Pour ne pas avoir peur d’un mort, on va lui toucher les pieds.

Dans certaines parties de l’arrondissement de Sartène, les femmes parentes du mort défont leurs cheveux et se déchirent la peau du visage ; s’il arrive une visite, les femmes de la maison et celles qui viennent se tirent réciproquement les cheveux et s’égratignent le visage, jusqu’au moment où arrivent de nouvelles visiteuses qui sont l’objet de ces démonstrations. Elles n’ont lieu que dans cet arrondissement, et ne sont pas pratiquées par les vrais Corses, mais par les gens d’origine sarde, qui y sont assez nombreux.

En revenant d’un enterrement, on ne va faire visite à personne; on porterait malheur à celui que l’on irait voir, et il mourrait quelqu’un chez lui dans le courant de l’année.

Julie Filippi