Le Berger et le mois de mars

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Conte populaire Corse

Ceux-ci entendirent la prière qui leur était faite ; les moutons et les brebis du berger furent toujours épargnés.
Mars surtout n’envoya ni pluie, ni grêle, ni aucune maladie qui pût détruire le troupeau. Or, comme on était au dernier jour de ce mois, le berger, qui ne craignait plus rien, se mit à rire et à l’insulter.
« Mars, Mars, toi qui es l’épouvante des troupeaux, je ne te crains plus ! Adieu les maladies ! Mars, Mars, le printemps arrive, tu ne peux me faire aucun mal ! »
Furieux de tant d’ingratitude, Mars alla trouver son frère Avril et lui dit :

O Apri lu me fratedu,
Impresta tre di li to di.
Par puni lu pasturedu
Li ni vodu fa pinti1.

Et Avril, qui aimait son frère, les lui donna.
Aussitôt, parcourant toute la terre, Mars rassembla en un instant et vents, et maladies, et tempêtes effroyables.
Tout cela fut déchaîné en même temps sur le malheureux troupeau.
Au premier jour, les moutons et les brebis qui étaient un peu malades moururent ; au deuxième ce fut le tour des agneaux, et au troisième, enfin, tout périt.

(Conté en 1882 par A. Joseph Ortoli
collecté par J.-B. Frédéric Ortoli)