Le Loup, et les trois Chevreaux

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Conte populaire de la Montagne noire

 

Il y avait autrefois dans la Montagne Noire, une chèvre qui vivait tranquillement avec ses trois petits chevreaux dans le bois où le bouc leur avait construit une belle maisonnette qui les mettait à l’abri du loup.

Un hiver que l’herbe se faisait rare dans la montagne, la chevrette du aller jusque dans les plaines chercher à manger à ses chevreaux. Le voyage devait durer plusieurs jours.

« Soyez sages les enfants. Pendant mon absence, vous aurez du foin dans la grange, du miel et de l’eau dans la cuisine. Mais surtout n’ouvrez la porte à personne. Pour vous prévenir de mon retour et pour que vous me reconnaissiez, je chanterai cette chanson :

 

De bon matin me soi levada

Tau racatacatau racatacatau racatacatau

De bon matin me soi levada

Un parelh d’oras davant jorn.

 

– Oui maman, répondirent en choeur les trois chevreaux »

La chèvre s’en alla.

Le loup qui aimait à roder dans le voisinage dans l’espoir de voir un jour un chevreau isolé aperçu la mère qui s’en allait. Il se dit que cela pourrait bien faire son affaire. Il se lécha les babines. Il prit le chemin de la maison des chevreaux. Il frappa à la porte :

« Toc, toc !

– Qui est là ?

– Ouvrez à votre petite maman…

Les trois chevreaux furent étonnés que leur mère revienne aussi vite, mais surtout ils ne reconnaissent pas le son de sa voix.

– Vous n’êtes pas notre maman ! Crie l’un des chevreaux, notre maman a une voix bien plus douce.

– C’est bien moi les enfants, je suis juste un peu enrhumée, ouvrez donc à votre petite maman.

– Partez, nous ne vous ouvrirons pas »

Le loup n’insista pas. Il savait où il y avait une ruche hivernée dans un champ voisin. Il alla y voler du miel. Il en mangea pour rendre sa voix plus douce. Il revint ensuite vers la maison des chevreaux, frappa et appela à nouveau :

« Ouvrez donc la porte à votre maman mes enfants.

Les chevreaux, hésitent :

– Est-ce que c’est notre maman chevrette ? Demande le premier.

– Mais non, écoute bien, ce n’est pas elle, répond le second.

– Regardez par la fenêtre dit le troisième en montrant une patte noire ; En parlant le loup avait posé sa patte noire sur la fenêtre. Les chevreaux l’aperçurent et crièrent.

– Nous ne vous ouvrirons pas ! Notre maman n’a pas les pattes noires. Vous êtes un loup ! »

Le loup en colère décida d’aller jusqu’à Mazamet trouver le meunier. Il lui demanda un sac de farine et y plongea sa patte. Il retourna au galop à la maison des chevreaux.

« Toc, toc !

– Qui est là ?

– Ouvrez la porte à votre maman mes enfants.

– Qu’est-ce qui nous prouve que vous êtes notre maman ?

– Je vous apporte de la bonne herbe à manger. »

Le loup avait prévu à ce moment de mettre sa patte blanche sur la fenêtre, mais la farine était tombée en route, et lorsqu’il mit sa patte sur la fenêtre, elle était toujours aussi noire.

Évidemment les chevreaux ne lui ouvrent pas la porte.

Très agacé, le loup s’en alla réfléchir à une solution pour entrer dans cette maison. Il marcha presque une heure dans les prairies des environs. Pendant ce temps-là maman chèvre était de retour à la maison. Elle frappa à la porte :

« Toc, toc !

– Qui est là ?

– C’est maman, écoutez ma chanson :

 

De bon matin me soi levada

Tau racatacatau racatacatau racatacatau

De bon matin me soi levada

Un parelh d’oras davant jorn

 

Les chevreaux ouvrirent à leur mère qui leur rapportait de la bonne herbe à manger. Les trois chevreaux lui expliquèrent que le loup voulait rentrer dans la maison.

« Nous allons nous occuper de lui leur dit la chèvre ».

Un moment après, le loup revient tenter sa chance :

« Toc, toc !

– Qui est là ?

– C’est maman qui rapporte de l’herbe, les enfants

– Je ne peux plus ouvrir la porte, dit la chèvre; monte par la cheminée, je vais mettre une échelle dedans ».

Le loup se lécha les babines. Il sauta sur le toit et descendit par la cheminée. Mais la chèvre avait oublié de mettre l’échelle et elle avait allumé le feu, tant et si bien que le loup s’écrasa le nez sur les braises.

La chèvre avait ouvert la porte, le loup ne demanda pas son reste, il fila dehors pour mettre son nez brûlant dans la neige.

Il décampa loin de la maison des chevreaux autour de laquelle on ne l’a jamais revu.

 

 

Conte adressé en 2007 à l’Almanach des terroirs de France par Stéphane MAUREL de Montpellier qui le tenait de son grand-père Albert GERMAIN originaire de Castres.