Le loup-garou sorcier

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Les Coureux de loup-brou

Sur les terres du château de Sagonne, qui appartenait au comte de Bourges, vivaient un métayer et sa famille. Travaillant dur, mais arrivé de fraîche date, personne ne savait rien sur lui. Depuis qu’il s’était installé, des choses étranges se produisaient.
Tous les mois, durant trois nuits, la campagne résonnait de bruits étranges, comme un aboiement de meute plus ou moins lointain, qui répandait son écho jusqu’au matin.
Terrifiés, les gens alentour se demandaient s’il s’agissait de la Chasse à Bôdet ou de la Grande Bête… N’y tenant plus, un jour, la femme du comte se rendit à la métairie et demanda à la fille du métayer, qui se trouvait seule au logis, ce que pouvaient bien avoir ses chiens tous les mois.
La jeune fille, innocemment, lui répondit : « Z’avions nos piaux. Entre Noël et Chandeleur, portons nos piaux et allons courir dans la campagne. N’y a pas à mal, vous voulez voir ? »
La jeune fille partit dans la remise et revint couverte de sa peau, et changée en louve.
« Vous courrez le loup-brou ! » s’écria la femme du comte avant de s’évanouir ensuite.
Les gens du comte arrivèrent peu de temps après, ne la voyant pas revenir et sachant où elle était allée. Ils la ramenèrent au château, où la pauvre femme raconta à son mari, tremblante, ce qu’elle venait d’apprendre.
Le comte envoya un valet prévenir le métayer qu’il ne lui laisserait pas de repos tant qu’il effraierait le pays avec sa famille, et pour le convaincre lui donna quelques balles bénites pour tuer ce genre de loups. Mais le métayer n’en eut cure. Il savait que ces balles ne pouvaient rien contre des proches ou des personnes travaillant au service de celui qui les tire.
Le comte, mis au fait par son valet, renvoya son métayer, se jurant bien de le tuer, lui et les siens, une de ces nuits de loup-brou.
Pour se venger, le métayer revint la nuit, avec sa meute, pour effrayer les troupeaux du domaine. Mais le comte, averti par ses gens, se précipita avec son fusil sur les lieux, et tira sur le loup qui semblait être le chef. La bête gémissante s’écroula au sol. L’ancien métayer se releva, retrouvant forme humaine, et chaque loup touché à son tour fit de même…

Gérard BARDON