Le paysan et les animaux

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Le paysan a depuis toujours la vocation d’élever des animaux. A force de vivre à leurs côtés, il connaissait leurs moindres habitudes et restait très proche d’eux. Une sorte de complicité les unissait. Il faut dire qu’une ferme d’hier possédait tous les types d’animaux et permettait aux paysans de vivre en autarcie.

Quelques vaches donnaient chaque année un veau et fournissaient le lait quotidien avec lequel la fermière faisait du beurre et des fromages. On prenait grand soin des vaches, les menant au pré deux fois par jour, ne les sortant pas par mauvais temps, les nourrissant de foin donné à l’étable durant tout l’hiver. Elles connaissaient l’heure de la traite, meuglant pour appeler la fermière. Elles étaient régulièrement étrillées avec une brosse et le paysan leur mettait de la paille fraîche chaque jour. Elles portaient chacune un nom bucolique : Rosette, Marguerite, etc. et faisaient quasiment partie de la famille.

On élevait aussi une truie dont la portée de cochons laissait espérer des victuailles. En effet l’un d’entre eux, engraissé, serait sacrifié pour la nourriture familiale. La fermière préparait chaque jour une pâtée faite de pommes de terre cuites dans le fourneau et mélangées à de la farine. Lors de la mise bas elle passait souvent sa nuit à l’écurie pour aider la truie et éviter qu’elle n’écrase les porcelets naissants. Chaque jour on faisait sortir les cochons dans un parc qui leur était réservé et où ils adoraient fouiller la terre avec leur groin ou se rouler dans la boue.

Dans la cour, autour du tas de fumier s’ébattaient en toute liberté des volailles : poules, coq, dindons, canards, etc. Chaque matin retentissait le cri de rassemblement : petit, petit ! et la fermière jetait à la volée des poignées de grain. Tout ce petit monde caquetant s’affairait, picorant ici et là. Chaque soir la fermière faisait le tour des nids pour ramasser les œufs. Au printemps quand une poule voulait couver, gloussant d’une manière inhabituelle, elle lui confiait une douzaine de gros œufs. La poule les tenait chaud en restant dessus, prenant à peine le temps de se nourrir. Trois semaines plus tard, la récompense était là. L’œuf se fêlait sous le choc du petit bec et apparaissait une boule duveteuse encore tout humide. Ces poussins piaillants ne tardaient pas à suivre leur mère dans la cour.

Dans un clapier, on élevait également des lapins, utilisés pour la consommation familiale ou comme appoint lors des ventes sur le marché. Chaque jour la fermière partait ramasser « l’herbe à lapins », pissenlits et autre verdure qu’elle leur donnait à manger.

Quelques moutons et une chèvre complétaient l’élevage. Les premiers restaient dans des champs proches de la maison, laissant gambader leurs agneaux autour d’eux. Au printemps il fallait les tondre. La laine était lavée au ruisseau, sécher, puis vendue. La chèvre restait souvent attachée à un piquet que l’on déplaçait régulièrement. Elle donnait un chevreau que l’on vendait rapidement pour bénéficier du lait avec lequel on fabriquait des fromages.

Le cheval avait droit à des soins particuliers. Il était indispensable à l’homme aussi bien pour les gros travaux que pour transporter la famille lorsqu’il était attelé à une voiture légère. On le bouchonnait avec de la paille lorsqu’il rentrait en sueur, on ne négligeait pas sa ration d’avoine ou de foin car il avait fourni de gros efforts.
Le chien, autre ami de l’homme, avait sa place à la maison. Toujours aux aguets, il avertissait ses maîtres et était également d’une grande utilité pour conduire ses vaches au pré. Certains chiens étaient même dressés à garder seuls les animaux, les empêchant de franchir la haie ou la clôture.

Peu à peu les fermes ont perdu leur polyvalence. Le paysan est devenu éleveur, mais pas n’importe quel éleveur, spécialisé en élevage bovin, en volailles, ou ovin. Pas question de se diversifier ! Production, rentabilité, traçabilité sont les mots clés du métier. La mécanisation a créé des chaînes alimentaires qui nourrissent les animaux à heures régulières, mais les privent de la présence humaine, si chaleureuse. Ils sont devenus des numéros, des objets de production. Aussi les fermes n’ont plus le charme d’antan, elles se sont industrialisées. Lorsque l’on pénètre dans la cour on n’est plus accueilli par ce concert des cris mélangés des animaux ; on aperçoit de grands silos, de grands bâtiments anonymes et froids.

Pourtant, quand l’élevage demeure de taille raisonnable, l’éleveur a gardé une certaine tendresse pour ses bêtes. Il leur parle, il les caresse, il les nourrit, les soigne. Elles le reconnaissent et vont vers lui alors qu’elles restent méfiantes face à un inconnu. Et surtout demeure entre l’homme et l’animal cette complicité née de la lutte côte à côte pour la vie lorsque dans un vêlage difficile l’homme aide le veau à naître. Quelle belle récompense, après l’effort, de recueillir le premier souffle du nouveau-né !

J.B.