Les années soixante au collège de Lourdoueix St Michel

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Fondé vers 1850 le très respectable collège religieux de Lourdoueix St Michel dirigé par des prêtres a formé durant un siècle des élèves brillants dont certains sont devenus de véritables personnalités. En 1955, l’évêché ne trouvant plus de prêtres professeurs, c’est un laïc, Louis Bonduelle qui prend la direction de l’établissement. Jusqu’en 1969, cet homme très érudit va accueillir la génération sixties sur des bases très traditionnelles.
A ces côtés, des professeurs laïcs mais aussi de vieux prêtres atteints par la limite d’âge mais qui sont chez eux au collège : les curés Vergnolat, Danton, Auxiette, Barmès, Dubois. Le nouveau directeur, très chrétien assure qu’il donnera une éducation religieuse la plus spontanée possible. Il inculque aux élèves que la liberté se mérite et que seuls vont loin ceux qui savent l’employer. D’ailleurs il disait aux parents « Confiez nous vos fils, nous en ferons des hommes ». Une éducation qui va marquer ces adolescents. Cinquante ans plus tard ils se souviennent : « Il nous poussait dans nos retranchements en nous demandant de douter de nous, de lui, des autres, de ne pas accepter une seule vérité, d’analyser, de critiquer. »
Les élèves venaient de toute la France et principalement de la région parisienne. Issus de milieux aisés, ils étaient parfois en rupture avec le système scolaire et venaient à Lourdoueix tenter de se réconcilier avec les études. Le prix de la pension était élevé (75 000 francs en 1956 pour un trimestre, soit le prix d’une quatre chevaux pour la pension annuelle). Ainsi vont défiler à Lourdoueix le neveu du roi Hassan II, Guy Baudat potier à Gargilesse, le fils du créateur des pompes Bodin, les fils de l’imprésario de Jacques Brel, le fils du président de la république malgache…
La plupart d’entre eux possédaient beaucoup d’argent de poche qu’ils dépensaient en cigarettes ou en repas à l’auberge du bourg. Leurs études leur ont réussi puisqu’ils sont pour la plupart devenus chefs d’entreprise, mèdecins, pharmaciens, avocats, commerçants, notaires, professeurs, cadres, hauts fonctionnaires, officiers, journalistes…

Le collège fonctionnait selon un modèle draconien
7 h 30 : réveil même le dimanche
8 h petit déjeuner
9 h à 12 h et 14 h à 17 h cours
19 h lecture
21 h 30 coucher

Chaque dimanche les élèves devaient se rendre à la messe à 9 h. L’après-midi, tout comme le jeudi ils effectuaient la traditionnelle promenade sur les chemins de la commune. Ces jours là des activités sportives leur étaient également proposées. Une heure de sortie libre leur était accordée le jeudi soir et dimanche soir. Ils se rendaient en principe à l’auberge ou au bureau de tabac. Une épicerie se tenait en face le mur du collège. Les élèves appelait l’épicier depuis le premier étage, commandait ce dont ils avaient besoin et le brave homme attachait le sac de provision au bout d’une corde que les collégiens remontaient. Ils lui faisaient passer l’argent par la même voie. C’était l’époque des transistors et chacun possédait le sien pour écouter le hit parade et Salut les copains.
Au collège pas d’uniforme mais les blue-jeans étaient interdits. Les élèves doivent porter cols et cravates pour se rendre à la messe et des gants les jours de cérémonie. Chaque année le jour de la fête Dieu les collégiens participaient à l’animation du bourg en réalisant de magnifiques dessins religieux sur le bitume des rues à la craie ou à l’aide de sciure colorée.
Les anciens élèves gardent le souvenir d’une très bonne ambiance entre copains « Nous vivions une époque formidable sans chômage, sans drogue, avec une économie prospère. Nous étions heureux. »
Le collège avait gardé les bâtiments de ferme qui avaient durant un siècle permis de nourrir élèves et professeurs. En 1958 on y élevait encore une douzaine de vaches, 3 chevaux de trait, 3 chevaux de course, des cochons, des lapins et des volailles qui constituaient la nourriture des pensionnaires. A la laiterie, des employés trayaient les vaches, faisaient le beurre. Un jardinier était chargé de s’occuper du potager.
Jeanine Berducat