Les bals parquet

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Les années cinquante et soixante ont été l’âge d’or des bals qui attiraient tous les jeunes le dimanche soir. Antres du bals musette, ils ont tenté ensuite de faire entrer les airs yéyé, mais ont succombé à l’arrivée de la vague disco. Plusieurs entrepreneurs possédaient des parquets qu’ils installaient sur la place du village lors des fêtes patronales pour faire danser la jeunesse. Les dancings Le Chat, les parquets Piaulet « Les tourbillons bleus », ou Roussillat se partageaient le marché et se faisaient une sévère concurrence dans l’Indre.

Georges et Albert Roussillat animaient les bals de la région. L’un jouait de l’accordéon, l’autre du saxophone. En 1953, ils achètent leur premier parquet et aidés de leurs épouses ils sillonnent les fêtes locales. Il faut monter le parquet la veille et le démonter le lendemain. Les femmes tiennent l’entrée tandis que les hommes jouent. En 1956, les frères Roussillat revendent leur parquet et en font fabriquer deux neufs. Parallèlement ils fondent un orchestre avec Pierre Cadet, Michel Dupont et Yvonne Barrière qui chante. C’est le grand boom des bals tous les dimanches et parfois ils jouaient lors de noces le samedi soir. Il y avait des bals partout même dans des petits hameaux comme Vaudouan lors du pèlerinage ou aux Bouchauds commune de St Denis de Jouhet. Ils sont présents autour d’Issoudun et font 300 entrées par soir. Pour 3 francs on pouvait danser toute la soirée et on emportait une photo de l’orchestre. La caissière tamponnait le poignet de chacun afin qu’il puisse sortir librement pour se rendre à la buvette. Avec leurs deux parquets, les frères Roussillat pouvaient être présents sur deux communes en même temps. Sur les grosses fêtes, ils utilisaient les deux parquets accolés l’un à l’autre.

Chez les Piaulet, on était entrepreneur de bal de père en fils. Gabriel, bien que destiné à devenir charcutier, va attraper le virus. Son père et son oncle avaient eu des bals parquets, étant eux-mêmes musiciens. Mais la mort prématurée de son père dirige Gabriel vers d’autres horizons. Pourtant, après son mariage, en 1948, il fait fabriquer un bal parquet qu’il nomme « Le tourbillon bleu », assouvissant son rêve. Il sillonne les fêtes des environs de Châteauroux, son épouse tenant les entrées. Il se lance alors dans la construction de nouveaux parquets avec l’aide d’un personnel polyvalent qu’il embauche. Avec sept parquets, les « Tourbillons bleus » sont présents partout aussi bien dans les fêtes de village que les grandes manifestations et devient l’entrepreneur de bals le plus important du département. Il invite des grands noms de l’accordéon comme Yvette Horner, Aimable, Verchuren, Brocoletti, c’est le succès ! On vient de loin pour danser au son de ces grandes pointures. En 1962, Gabriel Piaulet achète le Tivoli Déolois dont il fait un dancing café restaurant.

Chaque tenancier de parquets avait son secteur mais la concurrence entre eux était rude. Il est arrivé qu’ils soient deux sur la même fête. Alors les paris s’engageaient. Qui aurait le plus de clients ? Pour attirer les jeunes, Piaulet et Le Chat faisaient appel à des musiciens connus, mais leurs entrées étaient plus chères que chez les Roussillat. Ainsi Piaulet fait venir l’orchestre Claude Bolling au Poinçonnet, emportant la majorité des entrées et Le Chat, Verchuren à Crozon sur Vauvre. Les jeunes suivaient les orchestres d’un bal à l’autre. Les organisateurs redoutaient les bagarres lorsque des bandes descendaient de Châteauroux ou d’Issoudun. Gabriel Piaulet était toujours présent dans les endroits chauds. Avec ses 120 kilos, il réglait les problèmes lorsque des clans rivaux s’opposaient.

L’âge d’or des bals parquets a disparu à la fin des années 70, avec l’apparition du disco et l’apparition des discothèques. La fin d’une époque !

Jeanine Berducat

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