Les mémoires qui nourrissent la Corse Diversité des horizons d’une île…

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La Corse, pour tout un chacun, c’est la voix de Tino, mais c’est aussi tous ces ensembles qui occupent régulièrement les scènes des festivals continentaux, un lieu aux traditions musicales plus qu’originales : uniques !…

Instruments et chants…
Ce cistre cetera est spécifique de la Corse (8 chœurs doubles), depuis les instruments XVIIIe dont s’inspire aussi Ugo Casalonga. Pour Christian Magdeleine, autre facteur, avec le modèle fin XVIIe (de Mersaglia) avec frettage diatonique et gamme non tempérée permet à chacun de choisir. La technique use fondamentalement du pouce et de l’index.
Pays d’aérophones à bec (pirula en roseau, pifana en corne) ou à anche battante (ciaramedde), mais encore de violons et de violoneux, la Corse est un pays de poètes, dans une langue qui est plus du latin que de l’italien. Felix Quilici (1909-1980), alto à l’Orchestre national de France, rencontre l’ethnomusicologue Brailoiu et publie des partitions, de nombreux articles. En 1960, il réalise 150 heures de collectes pour le CNRS, dont l’essentiel est déposé à Corte. Là, la phonothèque du Musée de la Corse (ouvert depuis 1994-95), avec Bernard Pazzoni, se met à collecter musiciens et chanteurs, récits de vie mais aussi métiers, troupeaux, vent dans les arbres…

Danses…
En couple, on connaît ici a scultiscia (scottish), a polca, a masurca, a giardiniera, u valsu (parfois au féminin, a valsa), tre pecore et a polca bebe… A Giardiniera est une danse connue à Olmi-Capella, en Haute-Balagne (dans le même village, on danse aussi a spagnuletta, même nom qu’un air et une danse de la moresca). En plus « desquadrilles » aux bases traditionnelles largement renouvelées, en 4/4 et 6/8, on pratique ce qu’on appelle ici Tarentella, tarascone, manferina, saltarello, moresca, ou cipuli (en fait un chibreli).

Reacquisition…
Les Confréries restent ou redeviennent un fondement communautaire réel. Des laïcs ont en charge l’entretien de l’église et l’organisation des processions, surtout durant la Semaine Sainte (en cette période, d’ailleurs, les curés avaient pour habitude de disparaître). Les confrères (et consœurs) chantent durant les offices, pour la Sainte Croix, l’Annonciation, l’Office des Ténèbres du Jeudi Saint. Le chjama è rispondi (appel et réponse) est un genre vocal improvisé en joutes : 6 octosyllabes, chantés sur un des airs ou trames réservés à cet effet. Les mélismes sont nombreux. À partir de 1973, la fête de Sermanu est instituée, où les violoneux trouvent leur place naturellement. L’association Canta u Populu Corsu est créée, pour « remettre la polyphonie à sa place ». C’est le riacquistu.
Au sein de Voce di u cumune, Festivoce (fête à mi-juillet) gère l’auditorium de Pigna, village perché de Balagne, les ateliers et la programmation (stages, colloques et concerts), autour de Toni Casalonga, Nando Acquaviva et beaucoup d’autres.

Du relief, fait d’étroites plaines côtières à l’ouest et d’une plaine plus ou moins large à l’est, avec des montagnes centrales aux variations violentes d’altitude, les musiques traditionnelles corses retirent un certain cloisonnement… et une vivante diversité !

Claude Ribouillot