Les revenants

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La croyance aux revenants est générale ; en plusieurs pays on croit que lorsqu’une personne doit mourir, les morts habillés en pénitents viennent la prendre pendant son sommeil la placent sur une civière et la conduisent au, cimetière, où avec toutes les cérémonies usitées, il font le simulacre de l’enterrer. Ils battent le tambour deux fois pour les femmes et trois fois pour les hommes.
Les « mortalaie » ont le don de voir les revenants dans l’exercice de leurs fonctions, et de les montrer à n’importe qui, mais seulement à minuit sonnant. Il s’est trouvé des femmes curieuses qui ont voulu voir la procession des morts revenants à minuit sonnant ; quelquefois les mortalaie ont cédé à leur désir ; à minuit sonnant, ils leur disent : « Mettez votre pied sur le mien et regardez » ; elles ont vu la procession, mais, elles n’ont pas tardé à mourir ou à devenir folles.

Si deux personnes jurent que la première qui mourra viendra dire à l’autre ce qui se passe au-delà de la tombe, celle qui est morte revient sûrement, et celle, restée vivante sent avec effroi une main se poser sur elle pendant la nuit ; elle ne tarde pas à être malade, souvent à mourir.

Les bruits insolites qu’on entend dans la maison sont causés par les âmes en peine qui viennent demander des messes ou qui sont forcées de révéler quelque secret qu’elles ont oublié, ou qu’elles n’ont pas voulu dire. Ces âmes sont obligées de faire du bruit, car elles ne peuvent parler que si on leur a dit : Anima benedetta della parte di Dio parla e dii to bisoqui. Ame bénie, de la part de Dieu, parle et dis ce dont tu as besoin. Il faut que cette formule soit répétée trois fois.

Après sa mort, le général de G. est apparu trois fois à son pêcheur, pour le prier de dire quelque chose à sa veuve ; comme celle-ci ne voulait pas y ajouter foi, il revint et lui fit dire que pour s’assurer qu’il était revenu, elle n’avait qu’à faire desceller le marbre de l’autel de leur chapelle, et qu’elle y trouverait un sac d’argent caché. La dame prit l’argent, mais elle ne voulut pas croire, au moins obstensiblement, au conte du pêcheur.

Lorsqu’une personne avant de mourir a fait un legato pio (legs pieux), laissant ce qu’elle possède à la condition que le légataire fera dire par an tant de messes pour le repos de son âme, si le légataire ne s’en acquitte pas, il est menacé des plus grands malheurs, et l’on cite des familles qui ont été malchanceuses et maudites pour ne s’être pas acquittées du « legato pio ».
Il faut faire la veille de la fête des Morts une provision d’eau ; qu’on laissé devant la porte d’entrée de la maison, car les morts reviennent cette nuit-là ; s’ils ne trouvent pas d’eau, les plus grands malheurs arrivent dans la maison, et quelqu’un est assuré de mourir. Aussi on à soin de remplir le soir tous les seaux, afin qu’en arrivant les morts puissent boire.

Julie Filippi