L’hiver 1956

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J’avais quatre ans, mais ces images de neige, les premières de ma courte vie sont restées gravées dans ma mémoire. Quand on ne mesure qu’un mètre et que la campagne est recouverte de soixante centimètres de neige, c’est impressionnant ! Le silence, la blancheur qui fait cligner les yeux, les branches qui ploies sous le poids, les traces au sol…
Mon père avait fabriqué un mini chasse neige en bois qu’il poussait à la main pour dégager les passages de la maison à l’étable et également l’entrée de notre vieille voisine qui ne pouvait plus sortir de chez elle. Encore plus impressionnant de marcher dans ces allées encadrées de congères plus grandes que moi ! Les enfants de l’école étaient ravis de ces vacances improvisées. L’isolement des hameaux était complet et les commerçants habituels : boulanger, épicier, ne pouvaient plus passer à domicile. Et les vivres vinrent à manquer ! Alors mon père et le voisin ont chaussé leurs bottes, se sont munis chacun d’une hotte d’osier arrimée sur leur dos et se sont rendus au bourg de Lourdoueix St Michel pour se procurer pain et ravitaillement pour nous et aussi les voisins .Il me reste de cette première expérience de neige, le souvenir ébloui d’une campagne comme purifiée, de petits oiseaux venant chercher des miettes de pain sur la fenêtre, d’une vie qui semblait s’être figée pour nous réunir dans un cocon de bonheur au coin du feu.
Aussi, à 60 ans, j’ai gardé le même enthousiasme lorsque les premiers flocons volent dans le ciel. Je ne tarde pas à chausser les bottes et à m’enfoncer sur les chemins où mon empreinte est la première à marquer le sol.

J Berducat