Moitié de coq

/ Contes et Légendes / / Sologne /

un petit Conte solognot

Je vais vous dire, ou bien ; c’est…
Un petit conte
Un p’tit chien blu
Tu bigeras mon cul.
Il y avait une fois deux femmes qui avaient un coq à elles deux. L’une voulut partager. Le coq fut fendu en deux, celle qui avait demandé le partage mangea sa moitié et l’autre garda la sienne. Moitié de co se mit à sauter, à gratter, à chercher sa vie autour de la maison. Un matin, grattant avec sa patte, il découvrit un boisseau d’argent. Le meunier passa : « Qu’est-ce que t’as trouvé là, Moitié de co ?
– C’est un boisseau d’argent.
– Si tu veux, je te donnerai trois épis de blés et tu me donneras en pour ton boisseau d’argent. »
Moitié de co accepta, il se régala des épis de blé, et le meunier emporta l’argent. En rentrant à la maison, Moitié de co s’écria : « – Ah ! nout’ maîtresse, que j’ai bien déjeuné ce matin !
– Quoi donc que t’as mangé, Moitié de co ?
– J’ai mangé trois épis de blé.
– Qui c’est qui te les a donnés ?
– C’est le meunier.
– À cause de quoi ?
– J’avais trouvé un boisseau d’argent, et le meunier me l’a changé pour trois épis de blé.
– Ah ! mauvaise bête ! s’écria la bonne femme, prenant son balai, sors d’ici et ne reviens qu’avec mon boisseau d’argent. »
V’la Moitié de co parti, sautillant, se dirigeant vers la demeure du meunier. En son chemin rencontra compère le Renard.
« – Où donc que tu vas, Moitié de co ?
– Non, je suis trop las.
– Viens avec moi, tu le sauras.
– Monte dans mon cul, tu n’seras plus las. »
Le renard accepta, plus loin rencontre compère le Loup.
« – Où donc qu’ tu vas, Moitié de co ?
– Viens avec moi tu le sauras.
– Non, je suis trop las.
– Monte dans mon cul, tu n’ seras plus las. »
Et le Loup suit le Renard, puis Moitié de co rencontre compère la Fourmilière qui, après les mêmes propos, prend le chemin du loup et du renard, et enfin compère la Rivière qui accepte aussi l’offre de Moitié de co.
Ainsi chargé, Moitié de co arrive chez le meunier : « – Je veux mon boisseau d’argent, je veux mon boisseau d’argent.
– Comment nous débarrasser de c’te Moitié de co ? dit le meunier à sa femme.
– Mettons-le coucher avec les poules, elles le tueront et nous n’en entendrons plus parler. »
Moitié de co, poursuivi par les poules qui voulaient lui faire un mauvais parti, s’écrit :
Compère le Renard, sors de mon cul,
Sans toi, j’ suis perdu.
Et le renard sort et étrangle les poules.
Au matin le meunier trouve les poules mortes, et Moitié de co qui lui dit :
« – Rends-moi mon boisseau d’argent.
– Faut tout de même faire disparaître c’te ch’tite (méchante) bête, mettons-la dans la bergerie, les ouailles l’écraseront. »
Serré par les brebis, Moitié de co s’écrie :
Compère le Loup, sors de mon cul,
Sans toi j’ suis perdu.
Et le loup tue les brebis.
Le meunier, en voyant son troupeau détruit, fut très ennuyé : « – Cette fois, je vais le mettre dans le lit des servantes et elles l’étoufferont.
Sitôt au lit, Moitié de co se sentit mal à l’aise et il cria :
Compère la Fourmilière, sors de mon cul, Sans ça, j’ suis perdu.
Et les fourmis se répandirent dans le lit et piquèrent les filles qui se levèrent en criant, et réveillant en peur toute la maison.
« – Chauffons le four, dit le meunier, et l’y mettons ; cette fois il n’échappera pas. »
Sitôt dans le four, Moitié de co s’écria :
Compère la Rivière, sors vite de mon cul,
Sans toi j’ suis perdu.
Et la rivière se mit à couler et inonda le four, la maison. Alors le meunier arrive et dit : « – Tiens, v’là ton boisseau d’argent, va-t’en vite, bête, au diable et qu’on ne te revoie plus. »
Et Moitié de co a rapporté son argent à la bonne femme et ils ont vécu bien heureux tous les deux.
Ce conte a été recueilli par Armand Beauvais vers 1880 en Sologne.
Moitié de coq est sans doute l’un des contes populaires les plus répandus en France.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPin on PinterestEmail this to someone
partagez !