Ils ont lu… ils ont aimé : Par-delà les glaces de Gunilla Linn Persson

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Traduit du suédois par Martine Desbureaux.

Quel beau livre que « Par-delà les glaces ! » !

Une histoire d’aujourd’hui se déroule en même temps qu’une autre vécue en 1914 .

Ellinor. La femme de l’île. Année 2013. Elle prend soin de son père qui ne descend plus de son premier étage.

Kyra, jeune adolescente. Année 1914. Elle a la vie devant.

Sept jeunes d’une petite île de l’Archipel de Stockholm partent danser et s’amuser avec d’autres adolescents. C’est la nuit il faut rentrer. « Un kilomètre à peine mais il neige abondamment, de gros flocons plats. » Werner a une boussole. Il est protecteur et tendre avec Kyra. Ils sont amoureux. « Soudain il fait froid. Glacial en pleine chute de neige. Si froid que les mots gèlent !… Ils respirent de la neige. Ils ont de la neige plein les poumons. » Ils avancent. Ils voient à peine plus loin que leur main tendue. Alors Kyra se raconte une histoire, celle passée et celle qu’elle voudrait avoir quand elle sera grande et nous l’écoutons, tandis que « la neige est une muraille. La neige est une vague »

Le lecteur se surprend à être les deux personnages tour à tour. Kyra si jeune en 1914, et Ellinor, dans l’âge mur qui retrouve Hermann. Il est de retour sur l’île ou il a vécu, où ils se sont connus il y a longtemps. Il vient pour peindre des oiseaux à la recherche des plus rares. A cause de l’événement qui s’est passé en 1914, leurs familles se sont déchirées et ont empêché leur amour. Mais l’histoire est bien plus que ce bref résumé.

La force des phrases est telle qu’on entre dans l’émotion des parents qui prient pour que leurs enfants soient restés sur l’autre île cette nuit là, n’aient pas tenté la traversée sur la glace. On entre corps et âme dans l’amour renaissant et la tentative de comprendre pourquoi l’éloignement entre Ellinor et Hermann. La nature, les glaces, les oiseaux sont merveilleusement décrits et constituent l’arrière plan d’un roman magnifique que l’on est tenté de lire et de relire parce que ce texte glisse comme le bateau que nous prenons pour s’émerveiller, s’attrister, se révolter, sur cette petite île de l’Archipel suédois où tout ce qui se vit prend une intensité rare.

Marieke Aucante

Editions les Escales