Pouçot

/ Contes et Légendes / / Sologne /

Sa mère lui dit un jour : « Pouçot, prends Gri-
vette, la vache, et mène-la paître dans notre champ.
– Bien, mère, dit Pouçot ; je vais mener Grivette aux champs. »
Pouçot prit la vache par le lien et la conduisit à l’endroit indiqué. Mais il ne tarda pas à pleuvoir.
«Où me mettre à l’abri ?» pensa l’enfant.
Il chercha et trouva un chou sous les feuilles duquel il se blottit.
La vache vint justement près du chou, et le trouvant à son goût elle le mangea sans s’apercevoir qu’elle avait avalé Pouçot. Le soir venu, on ne vit pas rentrer l’enfant et ses parents crurent qu’il s’était noyé dans la rivière.
Le lendemain, la vache beuglait à être entendue à une lieue de là. C’était Pouçot qui avait tiré son couteau et qui la piquait d’importance. On fit venir un vétérinaire qui conseilla de tuer l’animal. Ce qui fut fait. La viande fut vendue au boucher, et les boyaux et les tripes furent jetés dans un coin du jardin, personne ne s’étant avisé de penser que Pouçot y fut renfermé.
Un loup, qui passait par aventure, vit les tripes.
« La bonne aubaine ! pensa-t-il. Il y a longtemps que je n’aurai fait pareil repas. »
Et notre loup se mit en devoir de manger les tripes et avec elles Pouçot. Son repas achevé, le loup retourna dans la forêt. Le lendemain, maître Loup guettait une brebis assez éloignée du troupeau.
« Hé ! hé ! berger ; gare au loup ! Au loup, au loup ! cria Pouçot de sa plus forte voix.
– Tais-toi donc, tais-toi donc ! » disait le malheureux loup. Mais Pouçot n’en criait que plus fort :
« Au loup ! au loup ! au loup ! »
Le berger accourut et chassa le voleur de moutons.
« Qu’ai-je donc dans le corps ? pensait le loup. C’est le Diable bien certainement. Voyons si je le pourrai faire sortir en me pressant entre deux arbres. »
Et le loup fit comme il venait de dire et Pouçot dut sortir de son ventre. À peine débarrassé, l’animal s’enfuit.
Pouçot s’en alla à la rivière, prit un grand bain et se disposa à retourner chez ses parents.
Au détour de la route, il se trouva face à face avec une troupe de bandits :
« Oh ! le joli petit garçon ! » dit l’un des brigands.
Il prit l’enfant et l’alla présenter au chef de la bande.
« Tiens, tiens, dit celui-ci ; comment t’appelles-
tu ?
– Pouçot, not’ maître.
– Es-tu adroit et rusé ?
– Je le pense bien.
– C’est ce qu’il faut. Nous sommes des voleurs, comme tu dois t’en apercevoir, et nous allons dévaliser le notaire. Il serre son argent dans une grande caisse ; tu entreras par le trou de la serrure et tu prendras l’argent.
– Entendu ! entendu ! »
On arriva à la maison du notaire et Pouçot n’eut pas de peine à entrer par le trou de la serrure et à prendre tout l’argent du notaire.
On s’en alla. Tout le long du chemin, le petit garçon criait : « Des rouges et des blancs ! Des rouges et des blancs ! »
Il voulait parler des pièces d’or et des pièces d’argent.
« Tais-toi donc, petit morveux ; tu vas nous faire prendre.
– Des rouges et des blancs ! Des rouges et des blancs !
– Tu vas nous faire arrêter. Veux-tu cent francs pour te taire ?
– Tout de même, tout de même ! »
Pouçot reçut cent francs du capitaine.
« Ce n’est pas tout, dit ce dernier. Nous avons encore à rendre visite à un marchand de fromages. Tu entreras par la chatière et tu nous passeras les plus beaux fromages.
– C’est bien, not’ maître. »
Pouçot pénétra dans la maison par le trou de la chatière et passa les fromages à ses compagnons les bandits. Puis on reprit la grande route.
« Des mous et des durs ! Des mous et des durs ! criait Pouçot.
– Tais-toi donc, Pouçot.
– Des mous et des durs ! Des mous et des durs !
– Tais-toi et nous te donnerons une douzaine de fromages.
– Entendu. »
Pouçot prit les fromages et peu après s’enfuit inaperçu. Après avoir marché longtemps, bien longtemps, Pouçot arriva à la nuit noire auprès de la maison de ses parents.
« Pan, pan ! Ouvrez ; c’est votre fils qui revient. »
Mais il eut beau frapper et crier, les parents ne l’entendirent point.
« Bon, se dit Pouçot ; me voilà condamné à passer la nuit dehors. Ce n’est guère agréable. »
Il fureta partout et finit par trouver la peau de vache qu’on avait mise à sécher dans le jardin.
« Voilà mon affaire, pensa Pouçot ; je vais m’envelopper de cette peau et j’irai me coucher dans le bois voisin. »
L’enfant fit comme il venait de dire, s’enveloppa dans la peau de vache et s’en alla dans la forêt.
Par crainte des loups, il avisa un gros chêne, grimpa le long du tronc et s’installa commodément sur une maîtresse branche.
Il allait s’endormir, quand il entendit du bruit dans les buissons ; c’étaient les voleurs que Pouçot avait quittés et qui avaient choisi cet endroit de la forêt pour faire le partage des richesses qu’ils avaient volées depuis plusieurs mois.
Justement les voleurs s’assirent au pied de l’arbre sur lequel se tenait Pouçot.
« Les affaires ont bien marché depuis quelque temps, commença le capitaine ; ces douze grands sacs d’or déposés ici vous le prouvent. Nous sommes dix de la compagnie ; comme chef je prends trois sacs et je vous laisse les neuf autres. »
Le voleur continua, mais ses compagnons l’interrompirent disant que deux sacs d’or lui suffiraient amplement pour sa part. On en vint aux gros mots, puis aux coups de poing. Pouçot était tellement effrayé qu’il laissa tomber sa peau de vache justement au beau milieu des bandits et sur la tête du capitaine.
« Le Diable ! Le Diable ! » s’écrièrent les voleurs épouvantés.
Et laissant là les douze sacs d’or, ils s’enfuirent dans toutes les directions.
Pouçot se hâta de descendre de l’arbre, prit les douze sacs d’or et les porta chez ses parents qui cette fois l’entendirent et lui ouvrirent.
Vous jugez de la joie des parents en voyant revenir extrêmement riche le fils qu’ils croyaient perdu.

(Raconté à la fin du XIXe siècle, dans le Cher)