Quand les Tourangeaux découvraient les « Yé-yé »

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johnny hallydday

Dans le domaine des variétés, les années « soixante » virent déferler sur la France la vague des « Yé-yé », ces chanteurs aux rythmes révolutionnaires et totalement décoiffants…

La jeunesse tourangelle ne resta pas à l’écart de cette mode nouvelle et lorsqu’un chanteur « Yé-yé » se produisait à l’Olympia ou au Palais des Sports (dans le cadre du « Gala des Artistes »), elle se précipitait pour l’écouter, surtout s’il s’agissait de Johnny Hallyday, le « pape » de cette musique décapante qui vint souvent à Tours pendant cette période. Le 14 avril 1961, tout juste âgé de 18 ans, il faisait à l’Olympia une prestation très remarquée qui surprit Pierre Favre, le critique de la Nouvelle République : « Lorsque Johnny paraît, le spectacle devient indescriptible. C’est une salle entière qui entre en mouvements. On dirait vraiment une vague d’un genre nouveau, une vague aux mille crêtes en perpétuelle agitation… Voilà Johnny qui, soudain, empoigne le micro, plie, s’agenouille et se pâme au sol implorant le saint des saints du rock des rocks. Le voilà qui appelle le public du pied, qui lui force la main… Il ne s’agit pas tellement de s’indigner devant les réactions d’un jeune public. Avoir quinze ans et la danse de Saint-Guy, quoi de plus normal… C’est aussi le bluff : le rock, musique nouvelle ? Allons donc ! Le rythme du rock, c’est du réchauffé… C’est déjà de la rengaine, du bla-bla. Tu parles trop Johnny et tu nuis au vrai jazz. »

L’année suivante, Johnny revenait à deux reprises en un mois à Tours (le 12 avril et le 11 mai) et cette fois, Pierre Favre se montrait plus clément à son égard : « Johnny a changé. Il ne se roule plus par terre… il a acquis une indiscutable présence sur scène. Et quand on peut l’écouter, dans le brouhaha général, on s’aperçoit qu’il a le rythme et qu’il sait chanter. »
Johnny se produisit encore le 1er mai 1963 au Palais des Sports accompagné de Sylvie Vartan. L’artiste chauffa tellement la salle qu’il fallut l’intervention d’un cordon de police pour empêcher les spectateurs en transes d’envahir la scène.
Le 9 avril 1964, Johnny donnait à l’Olympia un dernier récital avant son départ pour l’armée.

Après sons service militaire et son mariage avec Sylvie Vartan, il revint chanter à plusieurs reprises à Tours : 20 novembre 1965, 16 juin 1967, 18 février 1969…
Outre le dieu Johnny, d’autres « yé-yé » firent vibrer la jeunesse tourangelle, que ce soit Richard Anthony ou Vince Taylor ou encore les Chats Sauvages…

Françoise Hardy, « la nouvelle idole de la toute dernière jeunesse, grande fillette apparue vêtue de noir, aux mines un peu désabusées », ne trouva guère grâce aux yeux de Pierre Favre quand elle se produisit en avril 1963 au Palais des Sports : « Une évidente absence de métier, un incontestable manque de présence ».

Sa rivale Sheila, vedette de l’Olympia le 14 mars 1964, ne fut guère mieux traitée par le critique de la Nouvelle République : « Toute droite, un peu sautillante et saccadée. Il est vrai que vous n’avez que dix-sept ans. Mais déjà votre fraîcheur première n’est plus… Déjà on sent, un tantinet, le fabriqué ! »

Pierre Favre n’appréciait guère ces jeunes interprètes et les paroles de leurs chansons. Après le passage de Jacques Dutronc au Palais des Sports le 10 février 1968, il écrivait : « Avec Dutronc, la salle tape des mains ou crie hé ! Hé ! Tandis que lui-même ajoute des aïe ! Aïe ! Ou des ouïe ! Ouïe ! sans oublier quelques cracs, boum, hue ! Jacques Dutronc fait semblant de s’amuser et de nous amuser. Soyons francs : cela détend mais on finit par se lasser du travail à la chaîne. »
La prestation de Claude François, le 2 mars suivant, n’est guère plus appréciée : « L’homme tourne un peu comme une mécanique, une marionnette presque. On ne peut oublier que cet homme n’est pas seul. Comment parler de « one man show » à propos de Claude François alors que l’entourent neuf excellents musiciens, quatre charmantes Claudettes et une sono monstrueuse ! »

Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires qui avaient attiré plusieurs milliers d’admirateurs au Palais des Sports le 14 octobre 1963 ne réussirent pas, l’année suivante, à remplir la toute nouvelle salle du Rex. Pierre Favre n’hésita pas alors à se faire prophète : « Le Yé-yé irait-il vers sa fin ? Il n’y a pas si longtemps, les Chaussettes Noires faisaient salle comble. Avant hier soir, Eddy Mitchell, en tête d’affiche du Rex, remplissait, avec difficulté, les deux tiers ds fauteuils. »
Or, aujourd’hui, cinquante ans après, Eddy Mitchell, Johnny et quelques autres sont toujours là !

Bernard Briais

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