Quand l’ORTF lâche les vachettes…

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Les fameuses vachettes noires aux longues cornes n’étaient pas présentes lors de la première.

Ce sont Guy Lux et Pierre Brive qui ont conçu les jeux Intervilles, d’après l’émission Campanile sera, diffusée par la télévision italienne. Les équipes de deux villes doivent s’affronter autour de questions et d’épreuves sportives pendant que les animateurs comptent les points, chaque épreuve gagnée en rapportant 2. Les équipes gagnantes participent ensuite à la finale en fin d’été.

La toute première édition a lieu le 17 juillet 1962 à Saint-Amand-les-Eaux. L’équipe adverse est celle d’Armentières. Un tournage d’Intervilles, cela veut dire que les habitants de la ville voient arriver un car de reportage, quatre caméras, soixante techniciens. Et, en plus de toute cette armada, des supporters affluent par centaines, voire même par milliers. Pour la première fois, un jeu va être retransmis en direct et en duplex, sur la première (et unique) chaîne de télévision. La télévision n’est pas encore arrivée dans tous les foyers, d’ailleurs. Mais des écrans sont installés en plusieurs endroits dans les deux villes pour permettre aux téléspectateurs de suivre cet évènement.

Cette première partie est animée par Guy Lux, Léon Zitrone, Roger Coudercq et Simone Garnier, qui, deux par deux, défendent chacun l’une des deux villes en faignant de se chamailler pour le plus grand plaisir d’un public qui se prend au jeu avec enthousiasme. Certaines phrases reviennent d’une émission à l’autre, pour devenir carrément des phrases cultes : « Guy, je ne vous entends pas ! », « En voiture Simone », « Où êtes-vous Nathalie ? ». L’équipe de Saint-Amand-les-Eaux termine gagnante. La semaine suivante, Dax et Bayonne s’affrontent à leur tour avec, cette fois, la première participation des vachettes. La victoire revient à Dax. Le public retrouve Saint-Amand-les-Eaux et Dax en finale. A chaque fois, les maires des deux villes participent aussi en faisant, chacun, l’éloge de sa cité. Piscine, tapis roulants, plans inclinés et glissants, jeux d’adresse, vachettes, tournette, questions de culture générale, se succèdent sous les déchaînements d’applaudissements des spectateurs. Les membres des équipes portent toujours des costumes très colorés, représentant de façon comique les traditions de leur terroir. Les costumes sont très souvent rembourrés, donnant aux joueurs des allures de pantins. En même temps, cela leur évite de se blesser lors des nombreuses chutes qui pontuent le déroulement des épreuves.

Le jeu devient très populaire dès la première année. Le public affectionne particulièrement Guy Lux, qui présente le Palmarès des Chansons, Léon Zitrone, spécialiste des cérémonies officielles. C’est le rendez-vous incontournable des familles, qui reviendra régulièrement chaque année. Il est diffusé en 1962 par RTF, puis par ORTF (sur la 1ère chaîne), pour passer ensuite à FR3, TF1, France 2, pour revenir enfin sur FR3. Le déroulement du jeu reste immuable, avec quelques variantes, et un nombre incroyable de présentateurs vedettes s’y succèdent : après l’équipe de choc de la première saison, Claude Savarit fait partie de la troupe, puis on y voit tour à tour Denise Fabre, Philippe Risoli, Evelyne Leclercq, Patrick Roy, Jean-Pierre Faoucault, Fabrice, Nathalie Simon, Olivier Chiabodo, Thierry Roland, Julien Courbet, Delphine Anaïs, Laurent Mariotte, Nagui, Juliette Arnaud, Patrice Laffont, Tex, Julien Lepers, Vanessa Dolmen, Alessandro di Sarno, Nelson Monfort, Philippe Candeloro.

Intervilles disparaît des programmes pendant quelques années, de 1992 à 1995, mais revient en force en 1995. D’autres versions voient le jour : Interneige, Interglace, Jeux sans Frontières (version qui met en compétition des équipes de différents pays européens), les Jeux de Noël, Intervilles Juniors, Crazy Games à la Neige, Intercontinents, Interchallenge.

Un générique vient renforcer la popularité de l’émission. « Chananananana Chanananana… » fait son apparition en 1985 avec le groupe Citizen’s. Il est remixé 6 fois : en 1985, 1995, 1998, 1999, 2004 et 2009. A plusieurs reprises, l’audimat fléchit dangereusement. Ainsi, en 2010, 2011 et 2012, Intervilles disparaît de la grille des programmes de France 3. En 2010, une version hivernale d’Intervilles voit le jour en Chine. En France, un nouveau jeu, Mission Millénium, basé sur le même schéma, se solde par un échec. En 2011, la France participe à la version internationale, sans toutefois la diffuser sur ses chaînes et en 2012, France 3 n’inclut pas dans ses programmes l’émission qui aurait dû fêter ses cinquante ans.

Elisabeth Monnot