Quand on écoutait La Famille Duraton …

/ Anjou / / Reportages /

Parmi les émissions de radio qui passionnèrent la France dans les années d’après-guerre, il faut citer La Famille Duraton qui figura sur les ondes une trentaine d’années.
Beaucoup, comme moi, ont cru que cette émission datait de l’après-guerre. Il n’en est rien puisque la série a commencé en 1937 sur Radio Cité sous le titre Autour de la table. Elle s’est terminée en 1966 sur Radio Luxembourg (actuellement RTL) et fut un véritable phénomène de société, on peut le dire.

Elle avait été créée par Jean Granier. Le sujet est simple. Autour de la table familiale, au cours du dîner, une famille de Français moyens, aux prises avec les difficultés de la vie quotidienne, bavardait à bâtons rompus sur tous les sujets, d’une façon humoristique. Elle se composait du père (Jean Granier), petit fonctionnaire, de la mère (Yvonne Galli), du fils (Jean-Jacques Vital), de la fille (Lise Elina) et de son fiancé (Ded Rysel).

A cette époque où la télévision n’était pas encore entrée dans tous les foyers, et où ceux qui possédaient un poste de télé se comptaient sur les doigts d’une main et se trouvaient à Paris, la radio était le divertissement familial par excellence, principalement le soir.

C’est l’ancêtre de nos feuilletons, radiophoniques puis télévisés, qui sont nés en Amérique, sponsorisés bien souvent à l’origine par des fabricants de savons, ce qui explique le nom qu’on leur a donné : le soap opera, le roman-savon… En France, ils seront sponsorisés par des produits cosmétiques (Dop, Cadoricin, Forvil…) avec des publicités bien connues (à l’époque). D’ailleurs nous les connaissions par cœur (« La brillantine Cadoricin rendra vos cheveux beaux et sains »… « La meilleure des brillantines, c’est Forvil » chanté sur l’air de la chanson de Charles Trenet Fleur bleue… et bien entendu « Dop dop dop (bis), tout le monde adopte dop… » ) …Et à force d’entendre cela seriné dans nos oreilles, il y en avait qui achetaient ces produits… Si, je vous l’assure, il y en avait.

On raconte… mais est-ce vrai… que Jean Granier avait constaté que tout ce qui se racontait à la table familiale de Noël-Noël pouvait fournir la matière à un mois de feuilleton…
Noël-Noël justement… Un film sera tourné et sortira en 1939, avec en plus du personnage cité, Jules Berry, Alfred Adam, Blanchette Brunoy, Julien Carette, Marcel Vallée… En 1955, un autre film sera fait sur le même sujet : Les Duraton, avec Ded Rysel, Darry Cowl, Jane Sourza, Claude Nicot et Jean Carmet.

Mais entre les deux il y aura la guerre… et en 1948, Jean-Jacques Vital décide de ressusciter les Duraton… avec quelques variantes. D’abord, l’émission passera sur Radio Luxembourg, la radio qui compte à cette époque… Ded Rysel devient le père, Yvonne Galli reste la mère, ainsi que Jean-Jacques Vital le fils ; Jacqueline Monsigny devient sa femme, et Jean Carmet est l’ami de la famille, sous le nom de Gaston Duvet. Ce rôle le fera connaître, mais on ne peut encore deviner l’immense carrière qu’il fera. Disons que Jean Carmet est né avec l’ami Gaston… et je me souviens de sa voix inimitable !

Cet ami de la famille est plutôt un pique-assiette… paresseux, profiteur, mais tellement gentil que tout le monde l’aime. Il n’oubliait pas de siroter son cabernet d’Anjou en guise d’apéritif…

Les sujets de conversation ne manquent pas. La guerre est terminée, mais les restrictions continuent… Les tickets d’alimentation créés pendant l’Occupation ne seront supprimés qu’en 1949. On ne trouve pas tout à profusion comme maintenant. On se serre la ceinture… Et sans doute pour évacuer le quotidien on rit aux discussions drôles de la famille Duraton qui disserte sur le prix du lait, sur les impôts, sur les difficultés de la vie… Rire pour oublier…

Cette émission passait tous les jours au moment du repas, sauf le dimanche, au grand regret de tous. Pendant ce temps, interdit de parler ! A peine si nous avions le droit de manger, mais alors sans faire de bruit avec nos outils, cuillers, fourchettes couteaux… Cliquetis prohibé !

On peut penser que ce genre d’émission serait maintenant désuet pour nos oreilles et nos yeux du XXIe siècle… Mais que dire des émissions dont la télé nous abreuve abondamment, et qui plaisent certainement, comme Caméra Café, dont l’action se passe devant un distributeur à café ? De quoi parlent les acteurs de cette série ? De tout et de rien… du quotidien… comme les Duraton ! Dans ce sens, on peut dire que La Famille Duraton fut pionnier (nière ?…) dans son genre !…

Gérard Nédellec