Quand on exploitait l’ardoise dans les Ardennes

/ Ardennais / / Reportages /

On a exploité l’ardoise dans de nombreuses régions de France, de la Bretagne aux Ardennes en passant par l’Anjou… Et si de nombreux sites ont été abandonnés, il n’en reste pas moins qu’il s’agit là d’une page de notre patrimoine qu’il serait dommage d’oublier, ne serait-ce que pour les milliers d’ouvriers qui ont travaillé durement.
En ce qui concerne le département des Ardennes, il possédait d’importantes exploitations à Fumay, Haybes, Rimogne, Deville, Monthermé, et j’en oublie certainement… Cette activité a complètement disparu en 1971. Actuellement, certains sites restent accessibles, mais il ne faut jamais oublier que le danger est toujours présent. Tous ces sites se trouvaient dans la partie nord du département.
Les roches schisteuses du massif ardennais ont été plissées à l’ère primaire, ce qui donnera à l’ardoise des qualités indéniables : dureté, imperméabilité, densité, ainsi qu’une disposition favorable par ses couches parallèles. C’est ainsi qu’elle a pu être utilisée dès la Préhistoire, mais d’une façon individuelle et sans plan global d’exploitation.
L’exploitation de l’ardoise remonte au XIIIè siècle, sous l’impulsion des moines. Elle se pratiquait à ciel ouvert puisque le filon affleurait le sol.
Mais très vite il a fallu creuser pour continuer l’exploitation qui devint alors souterraine. Elle connut son apogée vers les XVIIIè et XIXè siècles, grâce à l’industrialisation.
L’ardoise était alors très utilisée, non seulement en couverture, mais encore comme moellon pour la construction des murs. D’une jolie couleur grise ou argentée, les ardoises ardennaises ont parfois des nuances de vert, de bleu ou même de violet. Dans ce cas, on les appelle des violines.
Pour la couverture, on fixait autrefois l’ardoise à l’aide d’un clou en cuivre pour éviter qu’il ne rouille. Mais à partir du XIXè siècle, on a utilisé le crochet sur liteau. Mais cela suppose un tout bien régulier, ce qui n’est pas le cas pour le patrimoine ancien qu’il faut restaurer. On reprend alors l’usage du clou en cuivre.
Aujourd’hui, il ne reste plus rien de cette activité qui employait autrefois près de 2000 ouvriers. Cependant, si de nombreux ateliers de production ont disparu, il en reste encore fort heureusement, comme le bâtiment du treuil de l’ardoisière du Moulin Sainte-Anne à Fumay, et à Rimogne le bâtiment d’extraction de la Grande Fosse et sa cheminée, ainsi que le chevalement métallique de la Fosse Saint-Quentin.
Revenons donc quelques années en arrière… dans un site d’exploitation type.
Les puits d’extraction n’ont pas été creusés verticalement, comme c’est le cas pour les mines de charbon, sauf exceptions (qui confirment la règle…), mais en suivant l’inclinaison de la veine de schiste, suivant un angle d’environ 35°. Les wagonnets qui descendent sont reliés à un treuil électrique par un câble métallique puissant. Les ouvriers descendent à pied par des escaliers creusés dans le schiste à côté de la voie de descente, mais sont autorisés à emprunter les wagonnets pour la remontée, depuis les années 1910. On atteint le premier palier après une descente de 240 m à l’angle de 35°, ce qui représente une profondeur verticale de 13 m. De là, les différentes équipes se dirigent vers leurs chambres d’exploitation, larges d’environ 15 m, séparées par des piliers de sécurité de 5 m.
Comme le schiste est dur et compact, un boisage de soutènement n’est pas indispensable, sauf exceptions… Bien évidemment, le travail se fait en plusieurs étapes. En premier, le crabotage qui consiste à creuser une galerie d’environ 20 m sur 15 sur une hauteur d’un peu moins d’un mètre. Le craboteur utilise des mines et des excavatrices et est aidé par un manœuvre et des petits porteurs qui évacuent les déchets.
Le coupeur creuse dans le dessus à l’aide d’un marteau-piqueur (avant cela se faisait à la main…) et délimite dans la nouvelle galerie les limites du futur bloc à détacher.
Les débiteurs abattent le bloc et le débitent. Le travail est délicat et dangereux. Il faut à la fois faire en sorte que le bloc se détache sans se briser et sans blesser les ouvriers.
Le quernage consiste à partager le bloc en deux, puis encore en deux et ainsi de suite de façon à obtenir des dalles transportables à dos d’homme. Elles peuvent quand même peser 150 kg… et sont ensuite remontées à la surface dans les wagonnets.
Il ne reste plus aux fendeurs qu’à les transformer en ardoises de différentes catégories.
Il ne vous reste plus maintenant qu’à aller visiter le musée de l’ardoise à Fumay, qui rend hommage aux scailleteux, les mineurs du schiste.
La Maison de l’Ardoise de Rimogne est également rouverte. Voilà des visites instructives et intéressantes sur le passé minier de votre région…

Gérard Nédellec