Quarante ans d’énergie nucléaire dans le Bugey

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Le département de l’Ain peut se vanter de posséder sur son sol un des fleurons de l’industrie nucléaire en France avec la centrale du Bugey. En fait, ce patrimoine énergétique ne se limite pas à la simple production d’électricité, il s’élargit à l’histoire du nucléaire en France en réunissant, au sein de la même centrale, les deux grands types de réacteur : le réacteur à uranium naturel et les réacteurs à eau pressurisée.

Tout avait commencé au cœur des « Trente Glorieuses », au début des années 1960 avec le projet de construire une centrale nucléaire sur le territoire du Bugey. En 1968, les premiers coups de pioche résonnèrent le long des rives du Rhône. Il s’agissait, en cette circonstance, de mettre en chantier ce qu’on appelé les centrales de « première génération », dite filière graphique-gaz, une filière déjà testée dans plusieurs petites centrales ou laboratoires, notamment à Marcoule, dans le Gard, et qui était le résultat de la recherche fondamentale en France.

Le 15 avril 1972, cette première unité de la centrale du Bugey, baptisé « Bugey 1 » était mise en activité. Elle fonctionna sans coup férir pendant plus de vingt ans, mais ne put longtemps soutenir la rivalité avec une autre génération de réacteurs, celle des réacteurs à eau pressurisée (PWR). Bugey 1 fut arrêté en 1994. Il est en cours de démantèlement aujourd’hui. En 2013, le caisson contenant le réacteur a été livré aux démolisseurs. Le site Bugey 1 devrait retrouver toute sa virginité à l’horizon de l’année 2025.

Au mois de novembre 1972, quelques mois après la mise en service de Bugey 1, l’unité Bugey 2, conçue avec le nouveau type de réacteur, fut mise en chantier, suivi quelques mois plus tard de la construction de Bugey 3. Ces deux réacteurs assuraient alors une puissance unitaire de 910 mégawatts électriques. Deux années après, au mois de juin et de juillet 1974, les unités Bugey 3 et Bugey 4, d’une puissance respective de 880 mégawatts électriques furent, elles-aussi, édifiées. Toutes ces unités ne comprenaient que des réacteurs de nouvelle génération (PWR). Il faut savoir qu’en 2013, les 58 réacteurs nucléaires équipant l’ensemble des centrales françaises étaient du type PWR. Ce sont également ces types de réacteurs qui équipent les navires et sous-marins à propulsion nucléaire.

La centrale du Bugey s’étend sur une superficie de cent hectares. Elle nécessite la présence de 1 200 techniciens et salariés. Elle assure 40% de la consommation électrique de la région Rhône-Alpes.
L’histoire de la centrale nucléaire du Bugey se prolonge avec l’éclosion et les actions des mouvements antinucléaires en France et même en Europe.

Il n’a pas fallu attendre le drame de Fukushima qui s’est déclenché au Japon, au lendemain du 11 mars 2011 pour assister, en France, à l’opposition du choix énergétique nucléaire. C’est d’ailleurs dans le Bugey que se déroula, en 1970, la toute première manifestation antinucléaire en France. Elle fut suivie, une année plus tard, par une imposante marche pacifique qui avait rassemblée plus de 15 000 personnes devant la centrale du Bugey, toujours en construction.

Au lendemain de la catastrophe de Fukushima, les opposants au nucléaire redoublèrent d’effort et d’imagination. C’est encore sur la terre du Bugey qu’ils choisirent de s’exprimer avec, entre autres, la création du collectif Stop Bugey et une étroite concertation avec des associations helvétiques. Enfin, l’année 2012 fut marquée par le survol pacifique mais très médiatisé de la centrale du Bugey par un militant de Greenpeace.
Il est important de souligner que la centrale du Bugey n’a fait l’objet d’aucun incident majeur. La législation est stricte en ce domaine en France, comme en témoigne la loi relative à la transparence nucléaire. À ce titre, les responsables de la centrale doivent fournir toutes les informations sur les actions et les résultats en matière de sécurité. De plus, des révisions décennales sont planifiées. Les dernières en date, remontent aux années 2010 et 2011. Enfin, en 2003, la centrale a obtenu la certification ISO 14001 qui concerne les normes environnementales.

On peut aussi noter qu’à la centrale du Bugey, nucléaire et monde agricole cohabitent harmonieusement. Une partie de l’eau tiède issue des circuits de refroidissement des réacteurs, et qui n’a absolument rien de nucléaire, est prélevée pour alimenter une zone horticole installée en aval de la centrale. Pendant l’hiver, la température de l’eau ainsi fournie atteint 24°. Elle permet de chauffer des serres et d’accélérer la production agricole.

Jean Daumas