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« Sudà cum’è Cristu in l’ortu ». (Littéralement « Transpirer comme le Christ dans le jardin », c’est-à-dire « Suer à grosses gouttes »).
Il s’agit du jardin, situé près du mont des Oliviers, où Jésus se retirait quand Judas le trahit.
Illustr :
« Sudu… sudu sangue, cum’e Cristu in l’Ortu… » (Je transpire… je sue sang et eau, comme le Christ dans le jardin…)

« Tù, imboleghji u sacru cù u profanu ». (Toi, tu mêles le sacré et le profane.)
Carulu Dumenicu Santoni cite également cette formule, qui signifie « placer ensemble des choses – ou comparer des personnes – qui n’ont rien de commun ».
Par les vers suivants, le poète Vittoriu Gianviti d’Altimonti appelle ses amis écrivains à respecter la langue corse, en se gardant d’introduire la moindre vulgarité dans leurs textes :
« Che sempre ne fù attu bruttu e stranu
U miscchiu di lu sacru e lu prufanu ! »
(Car ce fut toujours une chose sale et bizarre
Que de mêler le sacré et le profane !)
« Pianu à i termini ! », Publié dans « A Muvra ».
A Bastia, cette idée d’opposition est parfois exprimée par une locution moins délicate (que Vittoriu Gianviti se serait probablement refusé à utiliser !) : « A merda è u fiadò ». (La merde et le « fiadone » [patisserie].)

« Core cuntentu Diu l’aghjuta ». (Coeur content, Dieu lui vient en aide.)
Les personnes d’humeur égale, dont le visage semble refléter la paix et le bonheur intérieur, sont supposées bénéficier d’une assistance céleste.
A rappr. : « Cuor contento il ciel l’aiuta ». (Cœur content le ciel l’aide. – Italie).

« Quessu, pare natu di precheria ». (Celui-ci semble devoir sa naissance aux prières.)
Cette expression s’applique à un enfant chétif, dont on a l’impression qu’il est né de justesse, par l’effet d’une intervention divine exauçant les prières de ses parents.
« Goffu cum’è u peccatu ». (Laid comme le péché.)
Cette locution existe en italien : « Brutto quanto il peccato ». (Laid autant que le péché.), en espagnol : « Más feo que un pecado ». (Plus laid qu’un péché.), ainsi qu’en anglais : « As ugly as sin ». (Aussi laid que le péché).
« Una notte quand’ella durmìa, un vechju ruspiu entrò in la stanza di a fata. Era grossu, lumacosu è goffu cume u pecatu murtale ». (Une nuit, quand elle dormait, un vieux crapeau entra dans la chambre de la fée. Il était gros, visqueux et laid comme le péché mortel.)
Petru Vachet-Natali, « Didunuccia », 1987.
A rappr. : « Laid comme les sept péchés capitaux ». (France).

G. di a Grotta (Simon-Jean Vinciguerra), « U portacalzoni », Comédie, 1933.
Jean-Guy Talamoni, Dictionnaire commenté des expressions corses, Prix du Livre Corse 2005, DCL éditions.

« Quant’è un prete ne benedisce ». (Autant qu’un prêtre peut en bénir, beaucoup.)
Illustr. : « Ma à d vvila franca, tutte ste canzone in francese un m picenu tantu ! Ne infilate quante un prete ne benedisce, e cu l’accentu pariginu… » (Mais pour vous le dire franchement, toutes ces chansons en français ne me plaisent pas beaucoup ! Vous en enfilez autant qu’un prêtre peut en bénir, et avec l’accent parisien…)
Abbé Dominique Carlotti dit Martinu Appinzapalu, « U pettirrossu e a capinera » (1924).
« Hè quant’è move, cù le stanghe à Sant’ Appianu ! » (C’est comme [aussi difficile que] déplacer Saint-Appien avec les barres.)
Il s’agit d’une allusion aux processions, à l’occasion desquelles on porte les statues des saints, souvent d’un poids considérable. Mais Santu Appianu est également une montagne, ce qui rend les choses bien plus difficiles encore !

« Esse in l’ortu è zappà cù i frati ». (Etre dans le jardin et piocher avec les moines.)
Cette étrange expression signifie: « Ne pas s’occuper des affaires des autres », « Avoir la tête dans le sac », ou encore – pour utiliser une métaphore sportive – « Avoir le nez dans le guidon ».
Illustr. : «…un chiassu chi cunducia à piane d’ortu duve, per certu, a tempi andati, Merusaginchi avianu zappatu cu i frati ». (…un chemin qui conduisait de plain-pied au jardin où, certainement, autrefois, les habitants de Merusaglia avaient pioché avec les moines.)
Ignaziu Colombani, « Ricordi », 1961.
« Avà vole amparà l’Ave Maria à u vescu ». (Maintenant il veut apprendre l’Avé Maria à l’évêque.)
On atteint ici le comble de la prétention…
Jean-Guy Talamoni, Dictionnaire commenté des expressions corses, Prix du Livre Corse 2005, DCL éditions.

« Quessi sò quant’è i dodeci mila signati ! » (Ceux-ci sont aussi nombreux que les douze mille qui ont reçu la marque.)
D’après la locutrice, la formule a simplement pour objet d’évoquer un nombre important d’individus. Elle provient de l’Apocalypse de Saint Jean, où ceux qui ont été marqués du signe des élus (« signati » : « ceux qui ont reçu la marque ») est toutefois supérieur : cent quarante quatre mille. Carulu Dumenicu Santoni indique le même nombre que celui mentionné par notre informatrice. Cependant, pour lui, « essa di i dodicimila signati » signifie : « être simple d’esprit ». Fernand Ettori, quant à lui, cite l’expression : « Hè di i quattru mila signati » (Il est des quatre mille qui ont reçu la marque), dont le sens est : « c’est un coquin, capable de tout ». Ici, comme le fait observer l’auteur, seule la fin du nombre réel a été retenue.
Dans le même ordre d’idées, on dit :
« I signati da Cristu ». (Les marqués par le Christ.)
Cette locution péjorative s’applique à ceux qui sont affublés d’un défaut physique. Elle existe également en italien. L’ambivalence du signe divin, révélée par des interprétations de sens contraire, n’est guère surprenante : souvenons nous de la marque donnée par Dieu à Caïn après le meurtre de son frère, et de sa double nature : protectrice et symbole de malédiction.
« C’era Salvatore, dettu « U Sciancu » parchè zuppighjava, ch’avìa u tamburu. C’era « U Guadrocchju », parchè unu di so’ occhj guardava, cum’ellu si dice, ind’a zucca, e chi, cu u Turcò, trumbittava (…) « ‘Ssi signati da Cristu ! » dicìa cun disprezzu Faustina parlendu d’elli ». (Il y avait Salvatore, dit « Le boiteux » parce qu’il claudiquait, qui avait le tambour. Il y avait « Le louchard » parce qu’un de ses yeux regardait, comme on dit, dans la courge, et qui, avec « U Turcò », sonnait de la trompette (…) « Ces marqués par le Christ ! » disait avec mépris Faustina en parlant d’eux.)
Sebastianu Dalzeto, « Pesciu Anguilla », 1930.

« Si manghjerebbi ancu e calcanghje di san Lazaru ! » (Il mangerait même les talons de saint Lazare !)
Ceci se dira de quelqu’un qui a un solide appétit.
« Scrive quant’è sant’Austinu ». (Il écrit autant que saint Augustin.)
Carulu Dumenicu Santoni donne de cette locution une version à peine différente : « Impinnà quant’è Santu Austinu ». (Ecrire autant que saint Augustin.) Il s’agit d’une allusion à l’importance de l’oeuvre laissée par ce Docteur de l’Eglise. En revanche, l’expression « Ni faci quant’è Santu Austinu ». (Il en fait autant que saint Augustin.), citée par Fernand Ettori, rappelle sa jeunesse mouvementée, dont il a fait le récit dans les « confessions ».
Jean-Guy Talamoni, Dictionnaire commenté des expressions corses, Prix du Livre Corse 2005, DCL éditions.

Dans tous les corpus recueillis en Corse, nombreuses sont les références à la religion. Celle-ci, profondément ancrée dans la culture populaire, est omniprésente. On la retrouve aussi bien au niveau de la vie de tous les jours, dans les expressions usuelles, qu’à celui des grands principes moraux enseignés aux enfants : « Fascinée par la mort et les mystères de l’au delà, la Corse est tout naturellement religieuse. Le goût du surnaturel, la curiosité pour cet autre monde si proche et si lointain à la fois, influent sur sa vie quotidienne ». ( Claude Olivesi). Il nous faut observer que, sur ce point encore, l’étude de notre corpus révèle une nette opposition entre les locutions et proverbes corses d’une part et provençaux de l’autre. Michel Vovelle écrit à propos du patrimoine parémiologique provençal : «…absence quasi totale de métaphysique et de discours religieux. Il serait excessif de dire que Dieu n’apparaît pas ici : mais il est si discret ! Et quand on le rencontre, au détour d’une phrase, c’est dans un rôle parfois dérisoire…» « Fanne un cuncistoriu » (En faire un consistoire.) Cette expression signifie « en faire toute une histoire », « une affaire d’Etat ». L’image est plaisante : ce serait une grande affaire, en effet, celle qui nécessiterait la réunion d’une assemblée de cardinaux présidée par le pape ! Illustr. : « A dice senza tanti cuncistorii, in generale à voce rivolta…» (Il le dit sans hésiter outre mesure, en général à tue-tête…)
Ghjaseppu Frassati, « Cuntegni », 1988.
Illustr. : « Cum’ averai dà fà ne, O Cummà senza Vittoriu
Tremindui cusì bè ne, Ne feremu un cuncistoriu
Di sti belli ghjorni andati, Felici è cusì fatati. »
(Comment vas-tu faire, Ô Marraine sans Victor
Tous les deux si bien ensemble, Nous en ferons tout un panégyrique
De ces beaux jours passés, Heureux et si enchanteurs./Trad. de P. V.-N.)
Petru Vachet-Natali, « Lamentu per cumpà », 2003.
Jean-Guy Talamoni, Dictionnaire commenté des expressions corses, Prix du Livre Corse 2005, DCL éditions.