Strasbourg, capitale européenne à plus d’un titre

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Amorcé dès le début des années 1950, tout un quartier européen a progressivement vu le jour au nord-est de l’agglomération strasbourgeoise, face au parc de l’Orangerie et proche des berges où l’Ill et le canal de la Marne au Rhin se rejoignent. Aménagé sur des terrains mis à disposition par la Ville, il n’a cessé de croître en surface et de s’enrichir d’édifices prestigieux signés des noms de grands architectes.

Une croissance d’autant plus nécessaire que Strasbourg mérite doublement le titre de capitale européenne puisqu’elle accueille le siège du Conseil de l’Europe (depuis 1949) avec sa Cour européenne des Droits de l’Homme (depuis 1959) et le siège du Parlement européen(depuis 1979).
Premiers en date, le Conseil de l’Europe et ses nombreux organes – Cour européenne des Droits de l’Homme, Pharmacopée, Centre Européen de la Jeunesse, Institut René Cassin – occupent une large place du terrain.

Mais le Parlement européen et ses trois ensembles de bâtiments annexes rivalisent aisément en taille et en intérêt architectural avec leurs prédécesseurs.
Dès 1949, après la proclamation de Strasbourg comme siège du Conseil de l’Europe, une « Maison de l’Europe » fut mise en chantier, qui se révéla rapidement insuffisante après l’adhésion de l’Allemagne et de l’Islande en 1950. En 1953, l’architecte Bertrand Monnet conçut un nouveau bâtiment de sept étages, dit Bâtiment B. Celui-ci existe toujours et constitue le plus vieil édifice de l’organisation européenne, après que la Maison de l’Europe a été détruite en 1977. Bertrand Monnet et son équipe furent également les réalisateurs, en 1965, du premier bâtiment des Droits de l’Homme, intéressante construction inspirée de Le Corbusier. Il est aujourd’hui le siège d’Eurimages, institution européenne destinée à soutenir la création cinématographique. Installé depuis 1972 de l’autre côté du canal de la Marne au Rhin, le Centre européen de la Jeunesse porte la signature originale des architectes norvégiens Lund et Slaatto.

En 1977 fut inauguré le Palais de l’Europe actuel. Avec cet imposant quadrilatère de grès rose, de verre et d’acier, centré autour d’un grand hémicycle d’acajou et de nombreux jardins clos, le quartier prenait une nouvelle ampleur. A cet édifice, signé Henri Bernard, grand prix de Rome, succédèrent dans les années 1980, 88 et 91, trois ensembles d’immeubles, baptisés Winston Churchill, Salvador de Madriaga et Pierre Pflimlin. Cet ensemble – construit par le Service d’architecture de la Ville de Strasbourg sous la direction de François Sauer était destiné à abriter les services administratifs du Parlement européen. Organe législatif de l’Union européenne, ce dernier tenait en effet ses sessions à Strasbourg depuis 1952, faisant hémicycle commun avec le Conseil de l’Europe. Cette solution provisoire dura jusqu’en 1998, date à laquelle un nouveau bâtiment entièrement dévolu au Parlement est construit, qui porte le nom d’une Européenne de la première heure : Louise Weiss. Confié à la suite d’un concours international d’architecture au groupe d’architectes Studio Europe, qui a participé à la réalisation de l’Institut du Monde arabe à Paris, son entrée principale s’ouvre sur une cour majestueuse.

Il fallait en effet un bâtiment imposant pour rivaliser avec le nouveau Palais des Droits de l’Homme inauguré quelques années auparavant, en 1995, dont l’ampleur témoigne du développement de la Cour de justice européenne. L’architecte retenu pour ce projet n’était autre que celui qui, avec Renzo Piano, avait participé à la construction du Centre Beaubourg à Paris : Richard Rogers. Le quartier européen n’en était cependant pas arrivé au bout de son extension. A l’entrée du quartier de la Robertsau, face au Palais des Droits de l’Homme, les anciens bâtiments de la Pharmacopée européenne créée en 1964 furent remplacés en 2007 par un nouvel édifice réalisé par le groupe Aukett +Art et Buil. Dans le même temps, les mêmes architectes construisaient l’Agora, nouveau bâtiment des besoins généraux à l’usage du Conseil de l’Europe.

Marie-Christine Perillon