Un Empereur en Sologne…

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Monsieur Bokassa achetait des propriétés en Sologne avec l’argent qui lui tombait du ciel… Il avait acquis le château de Villemorant sur la commune de Neung-sur-Beuvron (41).
On me signala que souvent des coups de fusils de chasse et de mitraillette étaient tirés sur cette propriété. Celle-ci était surveillée par les gardes du corps, il n’y avait aucune raison de laisser faire. Ma curiosité et mon devoir étaient d’intervenir. J’avais été prévenu qu’il était dangereux de pénétrer sur cette propriété… Raison de plus pour m’inciter à y jeter un coup d’œil.

Dans les jours qui suivirent, un matin à la pointe du jour, je me planquai à proximité du château, tout en restant très attentif. Au grand jour, je vis quatre Africains sortir du château, armés chacun d’une mitraillette. Ils étaient « taillés comme des armoires », deux d’entre eux passèrent à proximité de ma planque tout en « baragouinant un charabia » que je ne compris pas. Toute la journée, des va-et-vient d’automobiles. Dans l’après-midi, les gardes du corps ont tiré à la mitraillette, pas très éloignés de moi, mais je n’ai pas distingué l’intention de leurs tirs, certainement sur une cible. Je me suis fait tout petit, à plat ventre. Le lendemain, de nouveau en surveillance en fin de matinée, je vis deux gardes du corps sortir du château, porteur chacun d’un fusil de chasse. Ils pénétrèrent dans le bois et à ce moment, j’entrepris de les suivre. Lorsqu’ils furent suffisamment éloignés du château, je fis acte de ma présence et de mes fonctions. Je dois dire que je me tenais sur mes gardes. Ils ont été surpris, et à une dizaine de mètres d’eux je leur tendis la main pour les saluer, ils ne comprenaient pas, ils ont réalisé lorsque je leur ai demandé leur permis de chasser. Ils m’ont demandé de les suivre au château où ils voulaient récupérer leurs papiers. Arrivés au château, ils m’ont invité à entrer et à les attendre pendant « qu’ils partaient chercher leur permis », m’ont-ils dit.

J’attendais dans la grande salle où se trouvait sur une des cloisons la reproduction plus grande que nature de Bokassa. Peut-être ont-ils voulu m’intimider avec ce portrait de leur empereur… j’ai préféré sortir de cette salle et attendre dans le couloir.

Après un moment d’attente qui se prolongea, ils me présentèrent leurs papiers sans le permis de chasser. Chose faite, j’ai quitté les lieux tout en prenant des précautions car ils devenaient nerveux.

Je me suis rendu à la gendarmerie de Neung-sur-Beuvron (41) afin d’avoir un complément d’information. Tout s’est passé dans un esprit de très bonne collaboration… ils m’ont fait remarquer que c’était imprudent d’aller seul sur cette propriété. Je ne leur ai pas dit que c’était justement la raison pour laquelle je m’y étais rendu dans ces conditions (seul !).