Une héroïne ardennaise : Elisabeth Lion

/ Ardennais / / Portrait /

Si le nom de cette héroïne de l’aviation est peu connu, il mériterait de l’être et comptez sur moi pour cela…
Elle est née à Balan en 1904. Son père était militaire de carrière. Pendant dix ans, elle mène une vie bourgeoise et paisible, bientôt bouleversée par la guerre. Fuyant la guerre et ses malheurs, sa famille se réfugie à Saint-Malo pendant un an, puis à Paris. C’est une jeune fille puis une jeune femme qui partage son temps entre les études, le piano, le sport comme le patinage et la natation, sans oublier les réunions mondaines. C’est donc une jeune bourgeoise que rien ne prédisposait à une vie aventureuse… Il fallait un événement majeur pour déranger ce bel agencement…
Un beau jour, elle se retrouve sur l’aérodrome de la société Caudron à Guyancourt et a l’occasion d’effectuer un baptême de l’air. Ce sera pour elle une révélation : elle sera aviatrice ! Comme pour Roland Garros un quart de siècle auparavant…
A cette époque, l’aviation est en plein essor. Après des débuts hésitants, la guerre 14-18 a donné un coup de fouet à cette activité qui semble réservée aux hommes. Lindberg a traversé l’Atlantique en 1927, cela ne fait pas dix ans… On en est encore aux courses de ville à ville, en élargissant de plus en plus le champ d’action.
Que va faire Élisabeth Lion dans ce milieu masculin ?…
C’est aussi l’époque où certaines femmes veulent plus de liberté et d’égalité avec les hommes. La guerre leur a donné le goût de cette liberté : les hommes étant au front, il fallait bien que les femmes assument le travail qu’ils ne pouvaient faire ! La guerre terminée, elles ne voulaient tout simplement pas retourner dans l’ombre…
Élisabeth Lion a un caractère bien trempé, et possède les qualités indispensables : contrôle de soi, sang-froid, volonté inébranlable, cachées sous une grande timidité.
Elle s’inscrit donc aux cours de pilotage et obtient son brevet pour ses 30 ans, en 1934. A partir de ce moment, elle participera à de nombreuses courses, accumulant les succès.
Elle participe aux Douze heures d’Angers en 1936 et termine deuxième au général, mais première au classement féminin. La même année, elle gagne la coupe Hélène Boucher pour sa victoire dans la course Paris-Cannes.
Hélène Boucher était une aviatrice célèbre, de quatre ans la cadette d’Elisabeth, qui se tue en 1934 à Guyancourt : son avion accroche la cime des arbres à la suite d’une perte de vitesse. Elle fera partie avec Maryse Hilsz, Adrienne Bolland, Maryse Bastié, Anne-Marie Imbrecq, Elisabeth Boselli, et bien sûr Élisabeth Lion, des aviatrices françaises de cette époque héroïque… Il fallait quand même les citer toutes… Mais revenons à notre héroïne…
Fin 1936, bien que l’administration française s’oppose à l’accueil des pilotes féminins dans les compagnies aériennes, elle obtient son brevet de transport aérien.
En 1937, alors qu’elle se rend de l’aéroport du Bourget à celui de Guyancourt pour effectuer un vol Paris-Berlin-Paris, son avion tombe en panne sèche et elle doit atterrir en catastrophe dans un champ de cultures maraîchères fraîchement arrosé… alors qu’elle n’avait nullement l’intention de se vautrer dans la fange… Mais cela ne l’empêche pas de s’envoler comme prévu, ce qui montre sa grande détermination.
A la fin de l’année, elle bat le record féminin d’altitude avec 6410 m sur un Caudron C 600 Aiglon. En 1938 elle fait le tour de France sans escale en un peu plus de 10 heures et un mois plus tard elle effectue Paris-Tunis-Paris (3500 km) en un peu plus de 18 h. Un mois plus tard, elle bat le record de distance féminin en ligne droite. Partie à 9 h 30 d’Istres, elle atterrit 21 h plus tard en Iran (4063 km). Cet exploit la place parmi les plus grandes aviatrices de l’époque.
Ce record sera battu, mais les records ne sont-ils pas faits pour être battus ?
La guerre va mettre en sourdine les exploits de nos aviatrices… En 1945, Charles Tillon, ministre de l’Air, a l’idée de créer un corps de pilotes militaires féminins, comme cela se fait en URSS. Il invite les plus fameuses aviatrices françaises, dont j’ai rappelé les noms plus haut (à l’exception d’Adrienne Bolland un peu plus âgée) à faire partie de ce corps. Les cinq femmes pilotes hors du commun, après un entraînement à Châteauroux (car pilote militaire, c’est un peu différent…) et quelques études à l’école des moniteurs de Tours, dont la spécialité est la voltige, sont intégrées dans l’Armée de l’Air.
En février 1946, le départ de Charles Tillon du gouvernement mettra fin à cette expérience.
Élisabeth mourra en 1988, mais on ignore comment furent employées ces 42 années de sa vie…

Gérard Nédellec
(sources : d’après les recherches et études recueillies par Jean-Jacques et Viviane Baron)