Urbanisme d’après–guerre : de l’utopie à la réalité

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Trois quartiers construits dans les années 1950 à 1970 à Strasbourg illustrent une volonté de trouver des solutions innovantes pour favoriser la vie des citadins tout en adoptant des perspectives très différentes.
L’une des opérations qui a servi de référence en matière d’urbanisme social reste la cité Rotterdam, construite très rapidement entre janvier 1952 et mars 1953. Initiée par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme suite à un concours, elle occupe un terrain de 10 hectares à proximité du quartier des Quinze et non loin du Port du Rhin. Des architectes prestigieux y participèrent, parmi lesquels Le Corbusier. C’est finalement Eugène Beaudouin qui remporta le concours en préconisant un espace en arc de cercle, interdit à la circulation et privilégiant les espaces verts avec un grand parc à l’anglaise. Les 800 logements sont répartis en onze immeubles de deux à treize étages, tous agrémentés d’un balcon. La volonté expresse de l’architecte était que chaque appartement soit « distribué autour d’espaces libres, regardant le jardin et face au soleil ».

Dans les années 1960-1970, deux autres grandes cités vont sortir de terre. La première opération concerne le secteur sud – est de la ville. Sur l’emplacement des anciennes casernes de Vauban et des courtines reliant autrefois le centre ville et la citadelle, 74 hectares d’un seul tenant sont libérés pour construire un ensemble à la fois résidentiel mais aussi universitaire et scolaire, le tout accompagné d’un grand parc qui épouse le contour de l’ancienne Citadelle de Vauban. 4450 logements sont réalisés dont 750 HLM. Les immeubles, de 3 à 17 niveaux, abritent quelque 10 000 habitants, dont beaucoup y résident toujours. Trois sculptures de Jean Hans Arp viennent agrémenter l’espace où la verdure est omniprésente. C’est l’architecte Charles – Gustave Stoskopf qui est désigné pour les études du plan de masse et la coordination architecturale de ce projet achevé en 1974. Son originalité est d’inscrire le nouveau campus universitaire au cœur de la cité, en lien direct avec l’ancienne université à laquelle il est relié par le boulevard de la Victoire. L’Esplanade est reliée au quartier du Neudorf par les ponts Churchill et du Danube, ainsi qu’à celui de la Krutenau par un grand boulevard circulaire. Autre réalisation, le quartier de Hautepierre apparaît comme la réalisation d’une utopie. Détracteur de l’usage immodéré de la voiture comme du gigantisme des grandes barres d’habitation alors en vogue, son architecte Pierre Vivien a toujours prôné le retour à un urbanisme plus humain, où « l’enfant doit reconnaître sa fenêtre au premier coup d’œil ».

Alors que l’automobile est encore omniprésente dans les villes, il imagine une cité de 8 000 logements composée d’îlots hexagonaux « en alvéoles de ruches d’abeille » où seuls les piétons sont autorisés à circuler, où les différents niveaux des immeubles empêchent toute zone d’ombre sur les espaces verts situés au centre et où la circulation automobile est tangentielle aux habitations. Cette « ville à la campagne » est inspirée des idées diffusées outre-Atlantique par Colin D. Buchanan sur l’influence de la circulation sur l’urbanisation et par Patrick Abercrombie sur les unités de voisinage, héritières des cités-jardins du XIXe siècle. Planifié sous forme de Zone à Urbaniser en Priorité -ZUP, ce nouveau quartier situé à l’ouest de Strasbourg a été aménagé entre 1965 et 1981. A l’origine, Hautepierre devait comporter onze mailles dotées de prénoms féminins, mais Hélène, Françoise et Germaine n’ont jamais été réalisées. Pour différentes raisons, liées autant à l’urbanisme (absence d’un cœur de quartier, identifié comme lieu de rencontres et d’activités, manque de passages reliant les mailles les unes aux autres…) qu’à la concentration d’une population en difficulté, ces mailles ne rencontrèrent pas le succès escompté.

Marie-Christine Perillon