Vieux métier : le muletier

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Dans les fermes, lorsqu’on avait accédé à une certaine aisance, on avait souvent une charrette légère, à deux roues, qui servait, par exemple, à aller au marché. On l’attelait d’un cheval dont c’était le seul travail ; ou pour les travaux de la terre, aux labours.

On avait recours aux bœufs, lents mais puissants et dont la litière abondamment enrichie par l’urine et les bouses fournissait l’unique engrais utilisé à l’époque. Mais, lorsqu’il était nécessaire d’effectuer un long parcours avec une charge même relativement légère, leur lenteur devenait un véritable handicap.

C’est ainsi que l’on vit apparaître vers 1850, à peu près à l’époque où l’on développa la forêt de pins, les attelages de mules principalement destinés aux charrois du bois pour l’industrie, du gravier et des matériaux de construction pour les voies de chemin de fer et le développement du réseau routier. On vit peu de mules dans les formes : être muletier devint un véritable métier à plein temps. On se poserait les bêtes du Poitou ; une fois dressées on les revendait dans les landes ; il existait des marchés spécialisés à Tartas, à Soustons et à Morceux, pour ne citer que les plus importants. Bien vite on comprit qu’il pourrait être intéressant d’en élever sur place et bientôt on vit apparaître des centres d’élevage à Aire ou à Peyrehorade. Au moment du plus grand développement de ce mode de transport on estime à dix ou quinze mille l’effectif du cheptel mulassier : divisez par deux, car les mules travaillaient par paires, et cela vous donne approximativement le nombre d’artisans muletiers.

Les mules tiraient de lourds chariots à deux roues ferrées, les « bros », indifféremment utilisés pour elles ou pour les bœufs ; leur joug, très simple, ressemblait à une échelle ; celui des bœufs, plus lourd, plus travaillé, était en forme d’accolade. Les « bros » s’enlisaient facilement dans les chemins sablonneux de la forêt. On les améliora sensiblement dans les années trente, en les munissant de roues métalliques à gros pneus : ils purent ainsi supporter de plus lourdes charges. Mais les tracteurs, apparus après la guerre de 14-18, se répandaient de plus en plus ; après 1945, ils supplantaient définitivement les attelages ; le métier de muletier disparaissait après avoir fourni pendant un siècle du travail à un nombre appréciable de Landais, qui formaient une sorte de classe à part de travailleurs indépendants, un peu nomades, formant une sorte de confrérie ayant ses rites et ses règles, ses lieux de rencontre, analogue d’une certaine façon à celle des modernes chauffeurs routiers.